Le 28 avenue de Tervuren est en péril

L’hôtel de maître de l’avenue de Tervuren cédera-t-il la place à un immeuble de 8 niveaux comprenant 13 appartements
? © Bruno d’Alimonte
L’hôtel de maître de l’avenue de Tervuren cédera-t-il la place à un immeuble de 8 niveaux comprenant 13 appartements ? © Bruno d’Alimonte -

Un hôtel de maître de style art déco construit au début du siècle passé le long de l’avenue de Tervuren, à Etterbeek, pourrait bien s’effacer du paysage urbanistique bruxellois pour céder la place à un immeuble d’appartements. Un changement visuel plutôt radical qui inquiète bon nombre de défenseurs du patrimoine. Le bien, comme le révélaient nos confrères de la Libre il y a quelques jours, appartient à Françoise Bertieaux, députée bruxelloise, présidente du CPAS et conseillère communale etterbeekoise, ainsi qu’à son mari.

« Il s’agit d’une affaire strictement privée et le fait que cette histoire ait été montée politiquement en épingle m’a profondément choquée », réagit l’élue libérale un poil couroucée par l’ampleur que prend cette affaire. « Il y a de plus une part d’affirmations mensongères et je me réserve donc par toute voie de droit de rétablir mon honneur si nécessaire ».

Quant aux faits, Françoise Bertieaux s’explique: « Nous parlons d’une maison qui, contrairement à ce que certains disent, n’est pas classée et que nous habitons depuis un certain nombre d’années. Les enfants partis, celle-ci est devenue trop grande pour nous, elle nous coûte de plus énormément d’argent pour le chauffage ».

La députée et son mari souhaitent aujourd’hui emmenager dans un bien plus adapté. « Nous avons vendu la parcelle à quelqu’un qui souhaite construire un immeuble ». Une vente réalisée sous condition d’obtention du permis. « Une procédure tout-à-fait classique. Je n’ai personnellement introduit aucune demande de permis ». Celle-ci ayant été introduite par le candidat acquéreur. « Dans le dossier d’urbanisme introduit à la commune, mon nom n’apparaît nulle part. Il est donc faux de dire que Françoise Bertieaux, MR, demande d’abattre une maison.  ».

Introduite par le promoteur, la SA International Real Estate, la demande de certificat d’urbanisme porte sur la démolition de la maison actuelle et sur la construction d’un immeuble de 8 niveaux comprenant 13 appartements, un espace pour profession libérale au rez-de-chaussée et 14 parkings en sous-sol. Un atlier situé à l’arrière doit lui être agrandi et transformé en logement.

Du côté de la commune, on ne fait pas de commentaire en précisant que le dossier est actuellement à lenquête publique (et ce jusqu’au 11 janvier) et que la Commission de concertation est prévue le 19. « Nous rendrons un avis à ce moment là ».

Quelque soit l’issue, Françoise Bertieaux est bien décidée à céder son bien. « De deux choses l’une : soit le dossier est accepté soit il ne l’est pas et, dans ce cas, le promoteur pourra décider de lever la condition suspensive et nous devrons alors vendre la maison à quelqu’un d’autre . Qui en fera ce qu’il a envie d’en faire».

Conseillère communale dans l’oposition, Françoise Carton de Wiart a été l’une des premières à tirer la sonnette d’alarme. « Les affichettes rouges sont apparues le 28 et j’en ai parlé dès le 29 sur mon blog », explique l’élue Défi. Qui, d’entrée de jeu souhaite faire une précision quant à la présence de Françoise Bertieaux dans ce dossier : « Pour moi, il ne s’agit pas d’un problème de personne, je n’aime pas la manière dont les choses s’emballent de manière politicienne et peu sympathique. Ce problème concerne l’urbanisme et la protection du patrimoine en Région bruxelloise ».

Vous avez dit Bruxellisation? Sans utiliser ce terme, la conseillère n’y va pas par quatre chemins. « Même s’il ne s’agit pas d’un bâtiment classé, c’est vrai mais il est sur la liste d’inventaire soit le degré le plus bas de la liste de protection et possède un certain cachet. Cela vaut donc la peine de se battre contre sa démolition ».

Pour la brique mais aussi pour sa situation. « Il s’agit presque d’un vestige de ce que l’on appelle la Porte de Tervuren et l’entrée vers le Cinquantenaire ». De manière générale, Françoise Carton de Wiart estime que l’ensemble proposé par le promoteur est peu harmonieux et ne s’intégre pas dans l’avenue. « Cela entraînerait en outre la disparition du jardinet avant qui avait été remarquablement restauré ». Autre écueil soulevé la création d’un parking souterrain. « Creuser deux étages en sous-sols alors qu’on a le chemin de fer ou le métro à cet endroit et deux immeubles voisins : les dégâts sont garantis et ce quelles que soient les explications technique que l’on pourrait nous faire miroiter ». Même topo pour la surface vitrée prévue en façade. « J’avoue que que cela ne me plaît pas du tout sachant que le soleil s’y reflétera entraînant un flash visuel ».

Faut-il dès lors tout faire pour maintenir le statu quo? « J’accepterais en tout cas plus facilement une rénovation ou même un autre projet mais ce qui est sûr c’est que l’option démolition relève de la folie furieuse ».