Légaliser l’excision en pratique médicale?

Photo réalisée dans le cadre d’un flash mob pour la journée mondiale contre l’excision, à la gare de Bruxelles-Central. © Reporters.
Photo réalisée dans le cadre d’un flash mob pour la journée mondiale contre l’excision, à la gare de Bruxelles-Central. © Reporters. - Reporters / Photoshot

Les deux gynécologues américains Kavita Shah Arora et Allan J. Jacobs, ont défendu dans un récent article du Journal of Medical Ethics la légalisation de deux types d’excision dites «  minimalistes  » ce qui permettrait selon eux, de pallier le «  manque de sensibilité culturelle  » de l’Occident en respectant certaines obligations culturelles et religieuses sans mettre en danger la santé des femmes.

Ainsi d’après les deux spécialistes de Cleveland, deux types d’excision « devraient être tolérés par des sociétés libérales » : les excisions qui n’ont aucun effet durable sur l’apparence et le fonctionnement des organes génitaux ou celles qui modifient « légèrement » leur apparence sans effet durable sur la capacité de reproduction ou l’épanouissement sexuel des femmes.

En théorie, les excisions « minimalistes » consistent à faire une incision sur le capuchon du clitoris sans pratiquer une ablation complète. Cependant, selon Fabienne Richard, directrice du Groupe pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles (GAMS) en Belgique, ce geste est largement sous-estimé puisqu’il peut avoir des conséquences dramatiques sur la sexualité féminine sans compter les séquelles physiologiques, psychologiques et traumatiques. «  Lorsque la fillette est sous anesthésie et ne se débat pas, les médecins peuvent avoir tendance à enlever plus. De plus, cette zone est tellement petite à cet âge-là, qu’il est rare qu’on ne touche pas le clitoris  », ajoute-t-elle.

Des propos alarmants

© Flickr - Gotama2.0
© Flickr - Gotama2.0

Pour ces gynécologues, pas question de parler de mutilations. Ils préfèrent décrire ces excisions « minimalistes » comme des «  altérations génitales  ».

Or selon Fabienne Richard, la définition de la mutilation est simple : «  À partir du moment où on opère un enfant qui est mineur, qui n’a aucun moyen de se défendre voire qui ne sait même pas parler dans le cas d’un bébé, il s’agit d’une mutilation  ».

Ces excisions, ils les comparent d’ailleurs à la circoncision masculine légale dans le monde occidental mais aussi plus ridiculement, à des perçages d’oreilles des fillettes. Voici les propos alarmants du Dr Allan J. Jacobs qui ont été diffusés à la radio anglaise de Radio-Canada :

«  Nous permettons aux parents de percer les oreilles de leurs fillettes, mais si la culture est étrangère, si elle est plus exotique, s’il s’agit d’une culture que beaucoup de gens n’aiment pas, dans ce cas, les procédures les plus minimalistes telles qu’une entaille vulvaire sont criminelles, et cela semble discriminatoire  ».

Si défendre l’excision comme pratique médicale est souvent présentée comme une transition vers la réduction des excisions, Fabienne Richard insiste sur le fait que cela ne fait qu’institutionnaliser ces interventions brutales et instaurer un véritable business.

Tolérer l’intolérable

Cette proposition est totalement aberrante lorsque l’on sait que pas moins de 200 millions de femmes et filles ont été victimes de mutilations génitales, dont près de 45 millions âgées de moins de 14 ans, selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Rappelons que l’excision consiste en une ablation totale ou partielle des parties génitales externes de la femme (clitoris, petites et grandes lèvres) pouvant entraîner la mort par choc hémorragique.

Tolérer un tel acte ou «  une tradition destinée à contrôler et soumettre les femmes  » selon Pr Ruth Mackin du College de médecine Albert Einstein de New York, serait une régression inacceptable pour l’Occident qui s’est tant battu contre ces pratiques barbares et pour la liberté de la femme.

Enfin, la médecine ne devrait pas encourager une telle pratique. Le serment d’Hippocrate ne dit-il pas « soigner, pas mutiler » ?

Et en Belgique ?

Une étude financée par le SPF Santé publique en 2014, estimait à 13.112 le nombre de femmes excisées sur le territoire belge sans compter les 4.084 filles qui sont « potentiellement à risque d’excision de par leurs origines ».

Selon Fabienne Richard «  il existe une véritable demande en Belgique  ». «  Je ne serais pas étonnée que certains médecins disent oui pour des raisons culturelles  », ajoute-t-elle. Si l’excision est interdite par la loi belge, il existe beaucoup de cas d’excisions clandestines. «  Cela peut être fait sur le sol belge ou en dehors des frontières. J’ai eu de nombreux témoignages qui confirment que beaucoup de petites filles se font exciser à Londres par exemple. Dans ce cas, on ne se pose pas la question de l’excision puisqu’il s’agit d’un voyage en Europe. Si elle était repartie dans son pays d’origine, cela poserait plus question  », déclare la directrice du GAMS.