Nouveau printemps pour les «incroyables comestibles»

Malgré le froid et la grisaille en ce dimanche de mars, veille de printemps, Alain, Clara, Xavier, Anthony, Doodi, Marie… arrivent l’un après l’autre avec entrain, sur l’Esplanade de l’Europe, site de la Maison de la culture de Tournai. Depuis l’an dernier, le collectif Incredible Edible Tournai y a installé des bacs et planté des arbustes fruitiers, des plantes aromatiques, des fleurs… Les joyeux planteurs ont signé une convention d’occupation avec la Ville, propriétaire du terrain et, de mars à octobre, s’y réunissent généralement tous les 15 jours pour entretenir les lieux, planter, arroser ou encore récolter la « nourriture à partager ».

Au départ, fin 2012, « Potager collectif Tournai – Incredible Edible Tournai » naît de façon virtuelle sous la forme d’un groupe créé sur Facebook par Tony Roupin. Deux à trois cents personnes s’y inscrivent et la première assemblée générale ouverte à tous réunit 35 personnes. Très vite, des jardins collectifs sont créés. Aujourd’hui, le groupe Facebook compte plus de 2.500 membres et le collectif gère quatre jardins et quatre zones de bacs disséminées dans la ville, avec l’aval des autorités communales. Chaque action réunit 15 à 25 personnes. «  A Tournai, il y a 20 à 25 endroits et 120 jardiniers , s’enthousiasme Tony Roupin. C’est l’effet papillon et planter des groseilliers n’importe où dans la ville devient normal ! Le projet, pour 2016, est de consolider ce qui existe et de faire de Tournai une “ville comestible” où l’autosuffisance alimentaire se réalise dans un rayon de 50 kilomètres.  »

Sur le site de la Maison de la Culture, le « tu » et la bise sont de mise et chacun fait ce qui lui plaît. Tony Roupin explique que «  le concept du jardin collectif établi ici, c’est l’anarchie, il n’y a pas de contrôle et on table sur la spontanéité. Les gens plantent ce qu’ils veulent où ils veulent. Anthony a rêvé de fabriquer un jeu de bascule pour les enfants et il est venu ce matin avec le matériel nécessaire. Que les bacs soient peints par les enfants qui fréquentent les ateliers du CEC (NDLR : Centre d’expression et de créativité de la Maison de la culture) n’était pas prévu, mais j’adore que les gens s’approprient les lieux. Les petites pierres font des montagnes.  »

Tony Roupin, créateur du collectif. © Coralie Cardon
Tony Roupin, créateur du collectif. © Coralie Cardon - CORALIE CARDON

Toutes personnes et associations porteuses de projets peuvent apporter leurs envies et leurs idées. Trois écoles sont déjà partenaires. Xavier Falez, instituteur de l’école Jean Noté, y vient avec les élèves de sa classe de maternelle. Les maternelles des Ursulines ont posé un petit panneau indiquant qu’elles n’allaient pas tarder à effectuer des plantations dans un bac qu’elles se sont réservé. Grâce à l’aide du Rotary Tournai Haut-Escaut et au don de plaques d’imprimerie par un imprimeur tournaisien, le collectif a fait construire une géode par les designers de l’Atelier Michel Dupont. Il abritera les animations scolaires organisées dans le jardin.

© Coralie Cardon
© Coralie Cardon - CORALIE CARDON

Les bacs, achetés pour la plupart, mais aussi construits avec des palettes, se garnissent peu à peu. Michèle, alias « Mamy Cocotte », ancienne apicultrice et animatrice d’un CEC, aide les enfants de Tony, Sofia (5 ans) et Alexandre (7ans), à y planter les herbes aromatiques et les fleurs achetées avec l’aide du Rotary.

Des lieux de convivialité

Ces jardins partagés sont lieux de convivialité et de relations intergénérationnelles, de transmission des savoirs et d’échange divers. Marie, qui a des carrés potagers chez elle, a apporté ses surplus à repiquer. Alain donne les échalotes qui n’ont pas été emportées la veille, lors de la « Rencontre Mains Vertes » organisée par la Ville pour favoriser l’échange gratuit de semences, graines, plantes et conseils avisés. Brigitte propose une vigne dont elle ne fait rien… Finalement, on y partage bien plus que de la nourriture !