Rien de Spécial, un collectif à l’énergie renouvelable

Alice Hubball, Hervé Piron et Marie Lecomte sont conscients de la difficulté de changer  le monde.
Alice Hubball, Hervé Piron et Marie Lecomte sont conscients de la difficulté de changer le monde. - D.R.

Toute ressemblance avec des personnes réelles est purement fortuite. Alice, Marie et Hervé entendent chaque jour que le monde va mal, que la planète se réchauffe, que l’air est pollué, que les riches sont plus riches et les pauvres plus pauvres, et tout ce qu’ils trouvent à faire, c’est trier leurs déchets, remplacer leurs vieilles ampoules par des leds, traquer les labels bio sur les étiquettes, signer des pétitions sur Avaaz.org et les transmettre à leurs contacts. Ils regardent des reportages sur l’exploitation de la main-d’œuvre au Bangladesh mais vont quand même parfois acheter un jean délavé chez H&M, s’inquiètent de la pêche destructrice de l’environnement mais craquent de temps en temps pour des sushis au thon industriel, savent qu’une pomme a subi en moyenne 24 traitements chimiques mais ne peuvent s’empêcher d’en manger, se plaignent de la pollution mais sortent quand même la Twingo diesel du garage quand il ne fait pas beau.

Un spectacle décalé

« On nous culpabilise depuis qu’on est tout petit, reconnaît Marie Lecomte, qui crée Obsolète avec ses comparses Hervé Piron et Alice Hubball, du collectif Rien de Spécial. Et en même temps, on fait tous des petits arrangements dans notre existence. Et puis, quoi qu’on fasse, on se sent coincé. On pense par exemple bien faire en achetant des matelas antiacariens pour nos enfants et trois jours plus tard, on apprend que c’est plein d’insecticides et de fongicides, et que c’est mauvais pour la santé. »

Dans leur spectacle précédent, In Vitrine, le collectif se demandait comment être heureux à une époque où le bonheur est devenu obligatoire. Aujourd’hui, c’est une autre contradiction de notre monde que pointe le trio : Pourquoi est-il si difficile de changer le monde alors qu’on le veut pourtant ? Fidèles à leur style, très second degré et décalé, les comédiens n’entendent certainement pas faire la morale mais plutôt rire d’eux-mêmes, et par là, du double langage généralisé. « Prenons l’exemple de ces publicités sur la green attitude – comment s’acheter une voiture “verte” – c’est tellement hypocrite que ça en devient drôle. »

Le spectacle se découpera en deux parties. La première met en scène les artistes angoissés, culpabilisant, essayant de se racheter une conduite plus vertueuse. Puis, après une cassure spectaculaire, les comédiens se retrouveront dans un futur apocalyptique, plongés dans un inconfort énergétique qui les poussera à quelques sacrifices pour assurer leur survie. Mais jusqu’où sont-ils prêts à aller ? La pièce aura en tout cas le mérite d’aborder une thématique, l’écologie, rarement traitée au théâtre, d’habitude prompt, voire visionnaire, quand il s’agit d’empoigner les grandes questions sociétales. Est-ce parce que le sujet est anxiogène ? Peu sexy ? « Je lisais récemment une interview de Nicolas Hulot qui se plaignait du peu d’intellectuels français qui s’engagent vraiment pour le climat, sans doute parce que ce n’est pas nappé du même romantisme que les luttes sociales », analyse Hervé Piron.

Le collectif a même flirté avec l’idée de faire un spectacle 100 % écolo. « C’est vrai qu’un spectacle peut être assez polluant : on produit des tonnes de flyers et on construit des décors pour un spectacle qui va se jouer au maximum une vingtaine de fois. Au début, on pensait jouer avec des costumes et des décors recyclés d’autres pièces mais finalement, ça ne s’est pas fait. On reste dans nos contradictions, ce qui colle finalement avec l’esprit du spectacle. »

Par contre, la pièce s’accompagnera de diverses animations, concrètes et engagées celles-là : il y aura une rencontre-débat sur les questions d’habitat et d’écologie, un concert écolo de Bertand Vanbelle, de la cuisine alternative, un repair café et un « Cycle in Varia » où quiconque pourra venir pédaler pour produire les watts nécessaires à la projection d’un film.

CATHERINE MAKEREEL

Du 16 au 28 avril au Théâtre Varia, Bruxelles. Les 10 et 12 mai à la Maison de la culture de Tournai. En mars 2017 à l’Ancre, à Charleroi.