Loi Peeters? non merci!

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Chers décideurs politiques,

Vous prônez la semaine de 45 heures de travail, et la journée de 9h – et même des journées de 11 heures et des semaines de 50 ! Vous voulez libéraliser les règles pour les heures supplémentaires et le travail le soir, la nuit et le week-end. Vous imposez que le temps de travail soit calculé sur une base annuelle… dans la pratique, l’employeur décidera seul quand nous devrons travailler plus et quand nous devrons rester à la maison. Les heures supplémentaires (qui sont déjà possibles aujourd’hui, mais dans un cadre négocié) ne donneraient souvent plus droit à des sursalaires ! Les horaires variables pourraient n’être connus que 24 heures à l’avance.

Comment pourrons-nous dans une telle organisation du travail faire garder nos enfants, avoir des activités volontaires ou sportives, ou des projets de vacances ? Toutes ces contraintes horaires, vous nous les vendez sous le slogan « travail faisable pour tout le monde »… et vous dites aux gens que c’est à leur avantage, qu’ils auront plus de contrôle sur leurs heures de travail et donc plus de liberté.

Une course folle

Rien n’est moins vrai. Vous nous priveriez de tout contrôle sur notre temps et nous livreriez à la course folle de l’économie « 24 heures sur 24 ». Un travail vraiment viable, c’est un travail qui ne produit pas un stress excessif, et qu’on puisse combiner avec sa vie personnelle.

De plus en plus d’analyses montrent le lien entre stress, conditions de travail et invalidité à long terme. De nombreux employés doivent faire face à l’épuisement professionnel ou à d’autres problèmes de santé ; et maintenant, s’ils ne reprennent pas le travail assez rapidement, ils risquent de perdre leurs indemnités de maladie ! Qui profite de cela ? Certainement pas les travailleurs ! L’Organisation mondiale de la santé met d’ailleurs en garde contre les coûts économiques importants de cette dérive.

Quant à nos enfants, ils souffrent lorsque les parents sont souvent absents, rentrent tard à la maison, après les repas, ou sont pris par le travail après leur journée. Trouvez-vous normal que de plus en plus d’enfants partent seuls vers l’école, et qu’il n’y ait personne à la maison quand ils en reviennent ?

Pour de plus en plus de parents – et surtout pour ceux qui éduquent seuls leurs enfants – il devient très difficile de combiner travail et famille. Et c’est surtout sur les femmes que pèse cette mission impossible ! Beaucoup de femmes se voient ainsi contraintes de travailler à temps partiel. Mais avec des horaires variables, que leur reste-t-il encore comme temps (vraiment) libre ? Est-ce cela, la société dont nous rêvons ?

N’oublions pas non plus la valeur de notre travail non rémunéré (les tâches ménagères, l’éducation des enfants, le bénévolat, les soins apportés aux proches…). Les Belges passent en moyenne plus de la moitié de leurs heures d’activité à ces activités qui sont, on le sait, vitales pour notre économie.

Et enfin, chers décideurs politiques, nous sommes surtout préoccupés par le taux de chômage des jeunes, insupportablement élevé. Près d’un quart d’entre eux, en Belgique, cherchent vainement un travail. Or, nous le savons : permettre aux entreprises de jongler avec les horaires de travail détruit des emplois plutôt que d’en créer.

L’exemple suédois

Travailler moins, pour travailler tous et vivre mieux !

À l’inverse, réduire collectivement le temps de travail permet que nous répartissions le travail entre les personnes et aussi entre les étapes de la vie ; que les gens soient moins stressés, et puissent mieux combiner travail rémunéré et activités non rémunérées. Travailler moins permettrait de travailler tous, et de vivre mieux : les expériences de semaines de 30 heures en Suède prouvent que tout le monde y gagne.

Instaurer une nouvelle norme collective, par exemple sur base d’une semaine de 32 heures et de 4 jours, donnerait ainsi à plus de gens la liberté de vivre leur vie et de se développer. Qui veut travailler davantage pourra toujours le faire. Pour ceux qui veulent, à côté de leur carrière, disposer aussi de temps pour prendre soin d’un proche, ou pour s’engager dans une association ou pour développer son hobby, moins de travail rémunéré offrirait plus de possibilités.

Nous avons besoin de développer des espaces d’autonomie, pour donner des perspectives à notre avenir et à celui de nos (petits-) enfants.

Par conséquent, nous disons « non merci ! » à la loi Peeters et nous voulons :

– Conserver le temps de travail maximum à 38 heures par semaine

– Des emplois à temps plein – aussi pour les jeunes – compatibles une « vie vivable »

– Un débat social démocratique sur l’organisation du travail et sur la réduction collective du temps de travail

* Signataires : Eva Brumagne, secrétaire générale de Femma ; Marc Van Ranst, professeur à la KULeuven ; Marijke Pinoy, artiste ; Marijke Persoone, ancienne secrétaire générale adjointe de la LBC ; Kristien Merckx, secrétaire BBTK ; Alexis Deswaef, président de la Ligue des Droits de l’Homme ; Christine Mahy, secrétaire générale du Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté ; David Murgia, comédien ; Dominique Surleau, secrétaire générale de Présence et Action Culturelles ; Anne-Françoise Theunissen, présidente du MOC de Bruxelles.

www.loipeeterswet.be

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