Vietnam: des Belges soignent la baie d’Ha Long

Parmi les sources de pollution, on retrouve les détritus balancés par-dessus bord par les bateaux hôtels. © DPA
Parmi les sources de pollution, on retrouve les détritus balancés par-dessus bord par les bateaux hôtels. © DPA - Reporters / DPA

La baie d’Ha Long au Vietnam est souvent considérée comme l’un des plus beaux sites naturels du monde. Classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1994, cette étendue d’eau de 43.400 hectares parsemée de 1.600 pains de sucre de toutes formes et de toutes tailles est d’une rare beauté. Décor somptueux du film Indochine avec Catherine Deneuve, elle est l’attraction touristique principale du nord du pays. Six millions de touristes la sillonnent chaque année en jonque. Mais le charme qu’opère le site s’évapore parfois lorsqu’on l’approche de trop près.

Faute d’une politique adéquate de gestion des déchets à même de la protéger, il subit de plein fouet la pression du développement des activités touristiques et industrielles, toutes deux en forte croissance. De plus en plus de touristes se plaignent sur les réseaux sociaux et les sites de voyage d’avoir rencontré durant leur croisière des nappes d’hydrocarbure, des bancs de déchets flottants… Il est même déconseillé aux touristes de piquer une tête dans l’eau tant la qualité est dégradée.

Une entreprise belge à la rescousse

Alertées par ces commentaires négatifs, les autorités provinciales vietnamiennes ont pris conscience que l’attractivité touristique de la baie était en danger. Un plan ambitieux d’un milliard de dollars visant à collecter et traiter les déchets en amont a été mis en place. Il prendra dix ans à être réalisé. Mais il faut aussi nettoyer la baie et c’est vers des Belges que les autorités vietnamiennes se sont tournées pour mener les études préliminaires et les conseiller dans le financement du projet.

Il s’agit de Rent-a-port green energy, filiale énergie verte de Rent-a-port, une entreprise anversoise spécialisée dans le développement de concessions portuaires appartenant à Ackermans van Haaren et au groupe de construction CFE. Elle finance et supervise la construction de zonings industriels entièrement équipés (route, électricité, eau…) et attire ensuite des entreprises pour les occuper. Présente au Nigeria, à Oman… elle a gagné la confiance des autorités vietnamiennes depuis des années (voir ci-contre).

130 millions de dollars pour nettoyer la baie

« C’est à la faveur d’une visite officielle au Vietnam de la présidente du Senat, Christine Defraigne, en octobre dernier que nous avons décroché le contrat pour l’étude , explique le CEO de Rent-a-port, Marc Stordiau. Notre première mission a consisté à cartographier les zones polluées. Grâce à deux drones que nous avons fait venir de Belgique, nous les avons localisées et nous avons calculé l’épaisseur des nappes de déchets. Nous en avons conclu que 9 % des eaux de la baie étaient polluées » : hydrocarbures (dégazage, eau de fond de cale…), poussières de charbon provenant de trois grandes mines proches mais aussi beaucoup de déchets domestiques drainés par les rivières débouchant dans la baie, générés par les villages flottants de pêcheurs ou jetés par-dessus bord par les 250 bateaux hôtels qui croisent dans la baie…

Rent-a-port peaufine maintenant le budget nécessaire au ramassage des déchets via l’usage de bateaux collecteurs et va épauler les autorités vietnamiennes dans leurs recherches de fonds. Celles-ci entendent s’adresser à la Finlande et au Danemark qui sont prêts à débloquer, dans le cadre de la coopération au développement, des prêts à taux réduits. Le coût ? « 130 millions de dollars si la pollution en amont s’arrête tout de suite. 180 millions si on attend dix ans avant de la stopper » , explique Marc Stordiau. Rent-a-port ne devrait pas intervenir dans ce nettoyage qui va durer 10 ans mais pourrait participer dans un second temps à la valorisation des déchets via la récupération de l’énergie produite par leur incinération.