Voyage en Slovénie dans la capitale verte européenne: Ljubljana

La première fois que j’ai atterri à Ljubljana, pour deux heures de transit, je me suis promis d’y revenir. À travers la baie vitrée de l’aéroport, un décor de carte postale : une forêt de pins au vert intense sur fond de montagnes bleutées. Un aperçu de la biodiversité bluffante de ce petit pays qui alterne plaines et montagnes : les Alpes au nord, le plateau viticole du Kras à l’est, une bande côtière le long de l’Adriatique. Et bordé par l’Italie, l’Autriche, la Hongrie et la Croatie.

Ce n’est pas un hasard si 2016 consacre Ljubljana Capitale verte européenne. Dans le sillage du programme Vision of Ljubljana 2025, ces dernières années la ville a, entre autres, développé plus de quatre-vingts nouveaux hectares d’espaces verts et totalement réaménagé les quais et ponts de la Ljubljanica. Tout comme la principale artère de la ville, la Slovenska cesta, repavée et piétonnisée, avec des bandes distinctes pour cyclistes et transports publics.

Du Triple Pont au projet R5

De nouveaux projets d’architecture durable sortent régulièrement de terre. Le bus me laisse devant la gare principale. À peine le pied posé au sol, mon regard est happé par la variété des constructions alentour. À gauche de la voie ferrée en direction du centre : des bâtiments postindustriels et fantomatiques, des tours communistes, des sièges de télécoms et autres. À droite, un quartier de constructions durables dont, nouveau repère dans le paysage urbain et trait d’union entre le nord de la cité et le noyau historique, le projet R5 (2008) de l’architecte Andrej Vernigoj : un building coloré en forme de triangle, dont les terrasses s’étirent en escaliers. La forme évoque à la fois un cône de montagne et une voile, ou le croisement des Alpes et de la Méditerranée.

Je rejoins le centre via la fameuse Miklosiceva cesta. La rue, détruite lors d’un séisme survenu en 1895, est ensuite devenue une enclave du mouvement d’Art nouveau sécessionniste viennois, aux formes géométriques. Au passage, j’admire la façade rose aux motifs tricolores de la Coop Business Bank signée Ivan Vurnik, avant de déboucher, sur la place principale et l’icône la plus singulière de la ville : le Triple Pont (Tromostovje). Conçu autour d’un pont de pierre de 1842, l’ouvrage fut complété en 1931 par deux ponts piétonniers latéraux du célèbre architecte local Jože Plečnik. De chacun d’eux, deux escaliers mènent aux berges plantées de peupliers.

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Photo : © Zoonar/Matej Kasteli. Conçue autour du fameux Triple Pont, la place centrale illustre la volonté de la ville de favoriser les cyclistes et les piétons.

À l’hôtel de ville, je rencontre Kristina Ina Novak, porte-parole de Ljubljana – European Green Capital 2016 : La ville vit de plus en plus au contact de la nature, grâce à la présence le long des berges, de cafés et terrasses où les gens affluent été comme hiver et au marché de produits slovènes. Cela est aussi dû au fait que depuis dix ans, la Ville développe des centaines de projets durables. 2016 sera l’occasion de les intensifier à l’échelle des quartiers : revitalisation d’espaces verts, transports, qualité de l’eau, recyclage des déchets…

Love comme Slovenia

Moderne et rétro, vibrante et nonchalante, depuis son accession à l’UE en 2004, Ljubljana attire en masse touristes et expatriés, séduits par sa qualité de vie. À l’instar du journaliste français Florent Gaillard, ex-cadre chez Peugeot. Installé ici il y a sept ans, il atteste : Le quotidien est plus simple qu’à Paris, où je ne pourrais pas m’en sortir financièrement. Quand des Français débarquent en Slovénie, ils y retrouvent une douceur semblable à l’image un peu « carte postale » de la France des années 50-60. On se trouve en plus à un croisement de cultures très riche et presque unique en Europe. À raison d’une ou deux heures d’autoroute, on est à Venise ou à Zagreb. Chaque pays limitrophe a développé une culture inspirée par celle de ses voisins. La polenta slovène en est un exemple.

Dans son 80 mètres carrés ljubjlanais, Florent développe son blog Slovénie Secrète, qui recèle plus de 350 informations pratiques, lieux et adresses testées à découvrir « comme un local ». Comme les « 101 choses sympas à faire à Ljubljana » (la plus belle terrasse pour manger une glace, découvrir les bons vins slovènes, nager dans une piscine des années 20…), un « top 5 des points de vue », ou encore « 5 endroits à ne pas rater en Slovénie ». Florent m’explique : Je veux donner une autre image du pays. Beaucoup de gens continuent à associer les pays d’Europe centrale à des clichés négatifs comme les gens du voyage, la criminalité ou la prostitution.

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Photo : Depuis six ans, le projet R5 de l’architecte Andrej Vernigoj resdessine le paysage urbain, à l’est de la ville, zone en pleine revitalisation.

Rendez-vous pris, nous convenons d’une balade à vélo, à la découverte des plus beaux espaces verts de la ville. Point de départ, le bureau de tourisme de la place du marché, en face du funiculaire qui mène au château. Ici, je ne circule qu’à vélo, souligne Florent. De cette façon, je peux traverser la ville du centre au périphérique en 15 minutes. Parmi les attraits de Ljubljana, je citerais aussi sa taille humaine et sa proximité avec la nature. À 30 minutes en voiture d’ici, je peux skier et 50 minutes suffisent pour aller à la mer.

Direction le parc Tivoli à l’ouest du centre, au pied de collines boisées. Aussi grand que Central Park, m’assure Florent. Le lieu se prête à diverses activités : footing, slackline, on y trouve même un grand tremplin de ski accessible toute l’année grâce à son revêtement synthétique. Pendant le week-end, les gens viennent pique-niquer et les jeunes s’y retrouvent pour boire un verre avant de sortir. À voir entre autres, la promenade Jakopič aménagée par Plečnik, qui accueille des installations photographiques. Et près de l’étang, un petit parc botanique avec plantes tropicales et carnivores en serres.

Nous poursuivons la route au croisement d’une autre curiosité, le Chemin du souvenir et de l’amitié, boucle verte de 35 kilomètres qui fait le tour de la ville en suivant le tracé des fils barbelés posés par l’occupant durant la Seconde Guerre mondiale. En place des bunkers de jadis, des colonnes de pierre commémoratives. Loin d’être monotone, le chemin cumule les attraits : traversée de quartiers urbains, de sentiers verts, la colline Golovec, le lac Koseški bajer, le cimetière Žale (encore Plečnik) ou encore le château Fužine qui abrite le Musée d’architecture et de design.

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Photo : © Zoonar/Matej Kasteli. Le long des berges des rivières, les terrasses des cafés attirent la foule été comme hiver.

Pour terminer en beauté cet après-midi urbano-bucolique, nous passons par le quartier-jardin de Krakovo, où les anciennes maisons de pêcheurs aujourd’hui très prisées par les artistes et les architectes arborent de vastes potagers. Dans le cadre de la politique de développement durable de la ville, de nombreuses parcelles légumières alimentent le marché local, et leur gestion est devenue une référence internationale en la matière.

Ex-caserne et pôle muséal

Le quartier de Tabor est souvent décrit comme le plus actif culturellement de Ljubljana. Je choisis de m’y rendre, et commence par le mythique squat d’artistes Metelkova mesto, établi en « zone autonome » dans une caserne militaire désaffectée de 12 500 m2, deux ans après l’indépendance slovène (1991). On y trouve également l’hôtel Celica, aménagé dans l’ancienne prison de l’armée yougoslave, et des clubs, des salles de concerts, des galeries d’art, des ateliers.

Depuis 2011, un pôle muséal institutionnel s’y est également développé. Cette évolution fait sourire l’artiste Todorce Atanasov, un des fondateurs de Metelkova, dans l’atelier duquel je vais prendre le thé : Très longtemps, les autorités ont contesté l’occupation du site et ont tenté de le détruire. Mais aujourd’hui, leur attitude est ambivalente, car il s’agit d’un lieu culturel de premier plan, repris dans les guides touristiques. Et depuis cinq ans, le nouveau Musée d’art contemporain (MSUM) et le Musée d’ethnographie slovène (SEM) sont implantés dans la zone, aux côtés du ministère de la Culture.

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Photo : © Tomo Jeseninik / Mostphotos. Le parc Tivoli, à l’ouest de la ville, s’étend sur près de 5 km². Trois grandes allées de marronniers y mènent à deux manoirs.

Le contraste est radical entre le vivant Metelkova bariolé de fresques, mobilier et interventions artistiques diverses dans l’espace public, et l’architecture contemporaine des deux musées, connectés par une grande place carrée presque déserte. En passant d’une zone à l’autre, j’opère un saut dans le temps, entre passé (non révolu) et présent. Je m’attarde sur les riches collections du MSUM et du Musée d’ethnographie, avant de marquer une pause-café dans le jardin du deuxième, à la Kavarna SEM. Jolie vue sur l’église du Sacré-Coeur qui jouxte le parc Tabor, nouveau lieu de socialisation, grâce à l’action du collectif féminin d’architectes et designers slovènes, ProstoRož, dont le but est de redynamiser les espaces urbains délaissés. L’idée étant dans un premier temps d’insuffler une dynamique positive dans un quartier, qui sera poursuivie par les habitants à moyen ou long terme, lit-on sur leur site Internet. Deux étés de suite, une brocante nocturne animée par des DJ s’est tenue dans un garage. Mais le collectif organise aussi, toute l’année dans le parc, des ateliers éducatifs gratuits, de cours de salsa, de yoga, de taï-chi-chuan, des lectures à l’ombre des arbres ou des goûters, etc.

Chanvre et tourisme vert

Le nombre de touristes étant en progression constante – en août 2015, une hausse de 30 % en un an était enregistrée –, une des solutions pour rester durable et préserver la qualité de vie est de développer le tourisme autour de la ville. Peu à peu donc, un tourisme rural se développe, en particulier dans la réserve naturelle des Marais, à 7 kilomètres de la capitale slovène. Ursa et Miha, propriétaires de la ferme organique Trnulja (qui signifie « épine noire ») dont ils ont acheté le terrain en 2002, sont des précurseurs. Ursa était opératrice boursière à Vienne et Miha ingénieur aéronautique chez Cessna. Il y a trois ans, ils ont développé la location de gîtes et se sont spécialisés dans la culture d’arbres, de plantes et de céréales pour produire des huiles, farines et pâtes à tartiner. Le produit roi est le chanvre, qu’Ursa me propose en céréales lors d’un copieux petit-déjeuner, également utilisé pour la confection du linge de maison du gîte et pour isoler les chambres. Depuis mai 2015 et un amendement à la loi slovène sur les produits stupéfiants qui permet l’utilisation industrielle du chanvre – et du pavot – dans l’industrie agroalimentaire, sa culture s’est intensifiée. Les avantages, pour la santé par exemple, sont nombreux. Les huiles de chanvre pressées à froid favorisent un équilibre d’oméga 3 et d’oméga 6 optimal. Les graines et les farines de chanvre renferment des protéines et acides aminés qui les rendent très digestes et nutritives, assure Ursa dont la vitalité semble l’attester. Son énergie, je me dis qu’elle la puise également dans son nouvel environnement : au bout des champs, que l’on aperçoit par la baie vitrée du séjour grande ouverte, la montagne révèle ses contours.

Pour y aller : deux vols par semaine avec Wizzair au départ de l’aéroport de Charleroi (à partir de 30 €). Plus d’infos sur www.visitljubljana.com, www.greenljubljana.com, http://slovenie-secrete.fr, www.trnulja.com

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