«Notre musique est comme une chanson instrumentale»

J ’aime les titres avec une virgule.  » C’est le guitariste français de Bruxelles Benjamin Sauzereau qui parle. Il aime surtout les noms de groupe insolites, comme Les Chroniques de l’inutile ou La Cigarette sans cravate. Alors Philémon, le chien qui ne voulait pas grandir, pourquoi pas ? C’est avec le pianiste Dorian Dumont que les idées ont fusé : Un chat qui s’appelait Peter ? Peter qui s’empêchait de grandir ? Mais Peter, c’est trop connoté Peter Pan. Alors Philémon, oui, adopté !

Benjamin et ses potes du groupe ont de l’humour. Un morceau s’appelle « Mi bémol » parce qu’il est en ré bémol, un autre « Cinq sous-sols du révolu ». Dans leur musique aussi, qui ne manque pas d’ironie, de clichés détournés.

Elle ne manque pas de références non plus. On entend de la musique de chambre contemporaine, de la musique de scène d’Erik Satie, époque Dada, des ambiances de Nino Rota pour les films de Fellini. Mais tout cela forme une espèce de limon poétique avec lequel les six musiciens de Philémon créent leur paysage musical, bien personnel celui-là, bien original.

D’abord dans la composition du sextet : le guitariste Benjamin Sauzereau, le sax soprano Mathieu Robert, le pianiste Dorian Dumont et les trois cordes, Benoît Leseure au violon, Nicole Miller à l’alto et Annemie Osborne au violoncelle.

J’ai entendu le groupe dans la petite salle d’Art Base, à Bruxelles. C’était comme un salon de musique de chambre de jadis qui s’était déplacé au XXIe. Avec ce mélange de cordes et d’instruments plus jazz, le groupe propulse vers le public une sonorité pleine, chaude, sensuelle, soudain traversée de grincements de cordes à la Penderecki, de pizzicatos très tango ou bastringue au piano, d’accords veloutés à la guitare, d’échappées vertigineuses du sax, de mélodies qui s’échappent. Une musique libre et belle, acoustique, légère, inédite.

Vous êtes les compositeurs

du groupe mais

vous ne vous imposez pas

dans les morceaux…

Mathieu Robert Nous recherchons une sonorité de groupe plutôt que de mettre en avant nos individualités.

Benjamin Sauzereau Nous n’évitons pas le jazz et donc les impros. Mais nous sommes en quête d’autres formes. J’adore un bon solo mais ici, nous devons d’abord faire sonner les cordes.

C’est une musique

très arrangée ?

B.S. C’est une musique assez orchestrée. On a tous la même partition, mais tout peut arriver. Tout est sujet à interprétation.

M.R. Comme on écrit tous les deux, l’ambiance et la manière d’amener les morceaux sont différentes. On a une idée et parfois ça s’ouvre et ça amène d’autres choses. On a ainsi un éventail de trucs précis et de trucs très ouverts. Comme le morceau qui s’intitule « Ouvert/fermé ».

Comment composez-vous ?

B.S. J’aimerais parler de la musique de ce groupe comme d’une chanson instrumentale. J’aime les chanteurs qui amènent des formes. L’auditeur ignore au début du morceau ce qu’il va devenir. On cherche à ce que ce soit évident, clair, proche de la chanson et unique, mais ça peut prendre tous les visages.

M.R. J’imagine des paysages, des tableaux. On s’inspire de plein de choses, de films, de personnages.

Votre musique semble nostalgique…

M.R. On ne voulait pas du tout de nostalgie. Au contraire, nous voulions amener des choses lumineuses. Mais c’est vrai que Benjamin et moi sommes très nostalgiques, et cela revient chaque fois.

B.S. Des nostalgiques, oui, mais qui se soignent !

Propos recueillis par JEAN-CLAUDE VANTROYEN

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