La «foodtech» aiguise les appétits

Fabricants de bonbons, de chocolat s’intéressent au secteur de la «
food tech
», notamment avec les impression 3D. ©PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP
Fabricants de bonbons, de chocolat s’intéressent au secteur de la « food tech », notamment avec les impression 3D. ©PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP

Le secteur agro-alimentaire est réputé traditionaliste et peu innovant. Mais sous l’effet de nouvelles technologies, que ce soit les objets connectés pour l’optimisation des cultures (« smart farming »), les « big data » pour mieux coller aux besoins des consommateurs ou encore l’impression 3D culinaire, ce secteur assoupi pourrait bien se réveiller.

Au niveau européen, certains pensent d’ailleurs qu’il est grand temps : «  La part de marché mondiale des entreprises européennes en agro-alimentaire est passée de 25 à 21 % en quelques années, sous l’effet de la concurrence américaine ou asiatique  », mettait récemment en garde l’Allemand Martin Kern, directeur de l’Institut européen de Technologie et d’Innovation (EIT). Et d’insister pourtant sur le potentiel de développement énorme de ce secteur, vu la demande mondiale qui ne cesse d’augmenter et les défis sociétaux majeurs à relever pour une alimentation de qualité.

Pour booster l’innovation dans ce secteur très fragmenté mais qui pèse près de 44 millions d’emplois dans l’UE, l’EIT a annoncé le lancement dans les prochains mois d’une « communauté de connaissance et d’innovation » dédiée à l’alimentaire, qui s’ajoutera à des pôles comparables pour le digital, les technologies propres ou l’e-santé. Administrativement basé à Louvain, cette communauté EIT Food dotée de 1,2 milliard pour 6 ans aura pour mission de rapprocher universités, start-up et entreprises établies dans un même élan innovant. Au niveau belge, la KUL joue un rôle moteur dans un consortium où figurent également Colruyt et l’entreprise de boulangerie industrielle Puratos.

Glace au pain recyclé

Dans un tout autre contexte, il y a quelques jours, l’innovation alimentaire s’est invitée au menu de la visite d’Etat des souverains Belges aux Pays-Bas, qui ont eu le privilège de goûter un cornet de glace au speculoos à base de pains recyclés, sortie d’un laboratoire de l’ULB, avec le concours de la Fevia (fédération alimentaire belge). Le recyclage d’aliments invendus – ici dans des glaces, ailleurs dans des bières – est loin d’avoir livré tous ses secrets.

Le potentiel de la « foodtech » – aussi barbare soit le terme – intéresse de plus en plus les financiers. A New York, un fonds d’investissement spécialisé dans l’agro-alimentaire comme Food-X n’hésite pas à financer des start-up à coup de millions de dollars. L’Espagne, avec Reimagine, ou la France avec AcceleRise, ont maintenant leurs accélérateurs de start-up « food ».

Smart Gastronomy Lab

Et chez nous ? Pour tenter d’appréhender cette nouvelle vague d’entrepreneurs qui réinventent notre alimentation, nous avons pris le chemin de la faculté d’agronomie de Gembloux (ULg) et en particulier du Smart Gastronomy Lab. Depuis deux ans, ce « living lab » ouvert aux entrepreneurs comme aux simples citoyens joue un rôle de défricheur. «  Nous expérimentons ici des technologies de rupture, que ce soit l’impression 3D à base d’aliments, la lactofermentation, de nouvelles techniques de conservation, des compléments à base d’algues ou d’insectes, ou encore les superfruits  », résume Eric Haubruge, cofondateur du Smart Gastronomy Lab.

Plus prosaïquement, le premier vice-recteur de l’Université de Liège cite quelques axes prioritaires sur lesquels la Wallonie peut se démarquer en innovant : «  On parle beaucoup des circuits courts, mais il reste une énorme marge de progression pour en optimiser la logistique. Par ailleurs, il y a des liens à créer ou à renforcer entre la gastronomie wallonne, nos grands chefs, et notre économie en général, au bénéfice de nos producteurs. »

Eric Haubruge évoque par exemple le rôle pionnier qu’Arabelle Merlaen (Cuisine Intuitive, à Marchin) joue en matière d’hippocratonomie, terme savant pour qualifier le croisement entre les fonctions alimentaires et thérapeutiques. Ou comment bien manger pour améliorer notre santé, le plaisir en plus.

Le champ d’innovation alimentaire est très vaste, comme l’illustre les quelques exemples ci-contre. Et il n’est pas près de se tarir. D’après sa directrice Dorothée Goffin, le Smart Gastronomy Lab a accueilli environ 50 porteurs de projet et entrepreneurs en deux ans, aux idées très diverses, souvent animés par la même volonté de combiner modernité et tradition, « foodtech » et terroir.