Le Brabant wallon a toujours une guerre de retard

Notre Maison est une société de logement public très active en Wallonie. Comme en témoigne ce projet de huit logements dans l’ancienne maison communale de Chastre. © notre maison.
Notre Maison est une société de logement public très active en Wallonie. Comme en témoigne ce projet de huit logements dans l’ancienne maison communale de Chastre. © notre maison.

Une situation géographique au cœur de la Belgique et près de Bruxelles, un cadre de vie rural mais agrémenté de nombreux réseaux de mobilité… Le Brabant wallon est un lieu de résidence idéal, mais sélectif ! Alors que le prix moyen d’une maison d’habitation ordinaire avoisine les 150.000 euros pour l’ensemble de la Wallonie, il dépasse en effet les 250.000 euros dans la « jeune province » (chiffres premier trimestre 2016).

L’accès au logement y est donc particulièrement compliqué, d’autant plus que le Brabant wallon est mauvais élève en matière de logements publics. Dans ce domaine aussi, il s’éloigne de la moyenne wallonne avec un taux de moins de 4 %, contre 7 % pour l’ensemble de la Région.

Cette province, que l’on considère souvent comme prospère, a-t-elle pour autant besoin de logements publics ? Le coût élevé des logements a essentiellement pour effet de faire migrer les 20-29 ans hors du Brabant wallon et d’attirer principalement vers lui les groupes sociaux les plus favorisés.

Sans davantage de logements publics, la province s’expose au risque de perdre en mixité de population, voire de devenir inaccessible à certains ménages. Les projections démographiques prévoient en effet dans les années à venir un vieillissement plus intense et une augmentation rapide du nombre de ménages – dont la taille diminue de plus en plus –, ce qui entraîne le besoin de diversifier les logements tant en termes de taille que de coût.

De plus, la demande en logements publics est déjà bien présente en Brabant wallon puisqu’on recense 4.800 ménages en attente d’une telle habitation. Et même si le revenu moyen des Brabançons wallons est plus élevé que ceux des Wallons, la province abrite bel et bien des habitants dans le besoin. D’où la nécessité, de plus en plus criante, d’avoir du logement public.

Plus de sanctions et d’incitants à l’horizon 2017

La problématique n’est évidemment pas neuve, mais force est de constater qu’elle persiste dans le temps. Mauvaise volonté ou manque de moyens ? Certains évoquent la problématique de la disponibilité des terrains, mais la Société wallonne du logement (SWL) a recensé pas moins de 95 hectares de superficie disponibles dans la province.

Il faut toutefois noter que la plupart de ces réserves sont situées dans des communes qui concentrent déjà à elles seules près de 80 % du parc actuel de logements publics en Brabant wallon.

Les freins à la création de logements publics sont donc variables d’une commune à l’autre, et ils sont souvent multiples, comme l’affirmait Mathieu Michel (député provincial du Brabant wallon en charge du logement) lors d’un colloque sur le sujet organisé par le RBDL (Réseau brabançon pour le droit au logement). « Il y a tout d’abord la disponibilité et le coût du foncier, puis les priorités et choix politiques des communes. Il faut quand même tenir compte du fait que celles-ci ont énormément à gérer dans leur barque, que ce soit la police, la petite enfance, le logement… »

Toutes les communes brabançonnes wallonnes ne sont heureusement pas mauvaises élèves en matière de logement public. Quelques-unes atteignent ou dépassent le quota de 10 % imposé par la Région wallonne, mais d’autres restent très loin de ce chiffre ou même de la moyenne régionale.

Un système de sanctions existe pourtant depuis 2013, mais avec de nombreuses failles. Résultat : il est resté inappliqué et certaines communes en ont profité pour ne pas augmenter leur part de logements publics.

Les choses devraient prochainement changer avec la réforme du Code wallon du logement et de l’habitat durable, qui est sur les rails, et devrait être adoptée en 2017.

Le texte prévoit, entre autres, des sanctions et incitants plus efficaces en matière de logements publics. « Nous allons mettre en place une obligation de moyens pour que chaque commune développe enfin une vraie politique en matière de logements publics, précise Jean Fassiaux, attaché de presse de Paul Furlan, ministre wallon du Logement. Un Fonds d’investissement du logement public va être créé et il y aura un droit de tirage, c’est-à-dire des enveloppes distribuées aux communes qui devront justifier comment ces montants ont été utilisés. Les procédures seront simplifiées pour accélérer la création de logements publics, et des sanctions renforcées et plus efficaces viendront un peu plus tard. ».