« Les éoliennes coûteront 4,5 milliards aux Wallons »

Edition numérique des abonnés

Don Quichotte frappé du syndrome « nimby » (l’acronyme de « not in my back yard », soit « pas dans mon jardin »), pour les uns. Pourfendeur d’idées reçues, pour les autres…

Le collectif « Vent de raison » déchaîne les passions. Et – pour rester dans les clichés – n’emploie pas la langue de bois. Illustration : « La politique de Jean-Marc Nollet (ministre wallon de l’Energie, Ecolo, NDLR) crée un mécanisme de corruption intellectuelle généralisée qui atteint des proportions jamais vues », estime Patrice d’Oultremont, l’un des membres de la plateforme qui fédère les groupes d’opposition aux éoliennes en Wallonie.

Motif de cette attaque ? « L’année 2013 sera l’année de l’éolien industriel pour la Wallonie dans la mesure où les ministres Ecolo Nollet et Henry, auxquels le gouvernement Demotte a entièrement sous-traité le secteur-clé de l’énergie, ont obtenu un objectif de 4.500 gigawattheures à l’horizon 2020. Cela signifie l’installation de quelque 1.000 éoliennes supplémentaires en Région wallonne », explique Patrice d’Oultremont. « Les éoliennes coûteront 4,5 milliards d’euros aux Wallons », estime-t-il.

Quatre milliards et demi ? « C’est une simulation sur base des 4.500 gigawattheures en tablant sur des certificats verts (système qui offre de tels certificats aux producteurs d’énergie renouvelable, NDLR) à 65 euros. En 2019, les consommateurs wallons seront légalement contraints de financer des certificats verts pendant 15 ans après la construction de chaque éolienne. Alors que le coût cumulé déjà payé en 2019 ne sera « que » de 1,5 milliard d’euros, il en restera encore 3 à payer », note Patrice d’Oultremont.

« Je ne comprends pas bien le raisonnement qui sous-tend le calcul », s’étonne Fawaz Al Bitar, conseiller éolien chez Edora, la fédération des énergies renouvelables. « En 2011, les certificats verts ont coûté 10,65 euros par ménage. Soit environ 1 % de la facture annuelle d’électricité. Il est vrai que la quantité d’éoliennes est appelée à croître mais le nombre de certificats pourrait quant à lui diminuer. »

Le gouvernement wallon s’est engagé à ce qu’en 2020, 20 % de la production énergétique proviennent de sources renouvelables. Dans cette perspective, la Région se dotera d’une capacité de production éolienne délivrant 4.500 gigawattheures, soit environ 80 nouveaux moulins par an. Un rythme et un objectif qui nécessitent un nouveau décret. Ce dernier sera soumis aux parlementaires wallons cette année. Aussi, les défenseurs comme les opposants des éoliennes se mobilisent-ils pour défendre leur point de vue. A la veille des fêtes de fin d’années, Edora avait présenté une étude de Deloitte sur le poids de la filière dans l’économie belge (lire ci-contre).

« Vent de raison » monte également à la barre et fait valoir ses arguments (lire ci-contre). « La loi sur les éoliennes a été faite pour réduire les émissions de CO2 mais aujourd’hui, on voit que le message évolue de plus en plus vers des arguments économiques : on veut nous faire croire que les éoliennes rapportent au pays mais c’est exactement, le contraire, elles coûtent. Nous appauvrissons le pays et nous ne sommes qu’au début du processus », accuse Patrice d’Oultremont.

« On nous avance toujours l’argument du CO2 : les éoliennes permettent de ne pas polluer mais aucune étude ne le prouve réellement. Nous demandons la mise en place d’un mécanisme d’évaluation de l’évolution des émissions de CO2 et des gains qu’on en retire. Car nous constatons qu’il y a là une perversion : on refuse de contrôler », considère ce docteur en physique.

Le ministre wallon de l’Energie, Jean-Marc Nollet (Ecolo), n’a pu être joint pour réagir à ces allégations ce jeudi.