Trois quartiers liégeois ont trouvé leurs avocats

Les quartiers liégeois semblent sourire aux regards des passants, à regarder les photos des étudiants de Saint-Luc. © Brieuc Camélia et Régine Frankinet
Les quartiers liégeois semblent sourire aux regards des passants, à regarder les photos des étudiants de Saint-Luc. © Brieuc Camélia et Régine Frankinet

Le spectre des bobos plane-t-il sur Saint-Léonard ? Trois hectares non bâtis en plein centre, comment est-ce possible ? Dans le quartier Cathédrale Nord, le commissariat nous rend-il plus fort ? Amis de la vie en ville, à vos fiches ! Les trois quartiers liégeois parmi les plus urbains ont désormais leur « Trivial pursuit ». Un ensemble de 25 fiches cartonnées avec une photo au recto et des textes au verso. Le résultat d’une enquête sociale et photographique menée par les étudiants de Saint-Luc et de l’Helmo, publié aujourd’hui avec le concours de la Ville de Liège.

« Dès la rentrée 2011, nous avons listé une série de points sensibles à travailler », expliquent Brieux et Manon, étudiants en photographie à Saint-Luc. « Nous avons appris à apprivoiser le quartier choisi, envisager toutes ses facettes des plus sombres aux plus lumineuses », ajoute Théophile, étudiant en sciences humaines à l’Helmo.

En Cathédrale Nord, par exemple, les étudiants relèvent que 1000 logements pourraient être affectés à de l’habitat. « Mais où dorment les habitants ? » se demandent-ils avant de remarquer que les logements aux étages des commerces sont « hors marché », les baux commerciaux du rez-de-chaussée étant suffisant à rentabiliser l’immeuble. Tour à tour critiques sur la fermeture des salons de prostitution ou sur la « gentryfication » du quartier – « l’ASBL Urbagora soupçonne qu’une stratégie de la terre brûlée soit à l’œuvre dans les anciennes ruelles de la prostitution spéculation de propriétaires qui laissent pourrir leur bien » – les reporters urbains décèlent aussi les initiatives de marketing urbain. Exemple : le « place making » promu par la gestion centre-ville qui consiste à poser tables, chaises, bancs et autres mobiliers urbains pour inviter le passant à se (re)poser sur l’espace public.

Le regard est parfois convenu mais révèle les éléments urbains qui attirent les jeunes. Ainsi les variations sur le thème « la campagne à la ville » dans les quartiers de Pierreuse et de Saint-Léonard. Les potagers urbains, les fêtes aux relents campagnards et le projet d’implantation des vignes dans les coteaux pour laquelle l’opposition des riverains n’a pas échappé aux étudiants. Avec un « vrai/faux » sur les légendes urbaines vinicoles – Liège aurait perdu ses vignes à cause de Napoléon – l’approche démonte une série de clichés dont les Liégeois raffolent.

Ces trois quartiers liégeois auraient-ils trouvé leurs avocats ? Tour à tour, les étudiants mettent en évidence les bienfaits de l’immigration – la diversité culinaire par exemple – mais pointent les phénomènes de ghettoïsation et de paupérisation.

Les initiatives positives – associatives ou publiques – sont mises en évidence avec une réelle sensibilité urbaine qui devrait inspirer plus d’un mandataire public.