Nollet: «Le consommateur ne sera pas le pigeon du photovoltaïque, je m’y engage»

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Semaine horribilis pour Jean Marc Nollet qui démarre samedi dernier par une annonce d’électricité gratuite et se termine ce vendredi par une cacophonie totale sur la politique énergétique wallonne. Le ministre wallon s’en est pris plein la tête, les coups venant de tous les autres bords politiques. Il ne s’est pas dérobé ce week-end à la confrontation, lors du « Grand Oral » La Première / Le Soir. S’il reconnaît que tous ces rebondissements ne sont pas bons pour la communication claire auprès des citoyens wallons, il ne fait cependant aucun mea culpa personnel, dénonçant surtout la confusion née d’«  amalgames  » faits par d’autres ces derniers jours.

Lorsque le ministre président wallon Rudy Demotte parle de «  dérapage  » cette semaine sur les certificats verts, Jean-Marc Nollet ne nie pas le terme mais veut préciser : «  Rudy Demotte dit qu’à partir de 2010, il y a un dérapage, mais attention, ce n’est pas le dérapage de principe. Quel est le dérapage ? C’est qu’à partir de 2010, le prix des panneaux photovoltaïques, diminue notamment parce qu’il y a une arrivée massive de composantes qui viennent de Chine et qui font baisser le coût du photovoltaïque, ok. et cela alors que l’aide reste constante parce qu’il faut toujours un délai entre le moment où on décide de diminuer l’aide pour accompagner la diminution des prix des panneaux photovoltaïques, et le moment où s’est répercuté sur les factures. » Et donc pendant tout un temps effectivement, dit le ministre, nombre de citoyens ont eu un intérêt parfois spéculatif. «  Il y a eu des placements spéculatifs. Mais ne disons pas que les 100.000 ménages qui ont ça, sont des spéculateurs, je ne suis pas d’accord avec ce propos-là et donc je préfère dire, que sur une période effectivement vers 2010, là, il y a eu certains, certains placements spéculatifs. »

Le ministre ne s’est-il pas senti lâché en direct cette semaine lorsque son ministre-président évoque ce dérapage, en lui en imputant toute la responsabilité ? Nollet dit ne pas avoir ressenti de cette manière les propos tenus sur la Première par le ministre-président socialiste, et estime en tout cas, à la question posée sur une éventuelle démission, qu’il n’en était pas question. La question le faisant même éclater de rire.

Le ministre n’a pas écouté les contrôleurs ? « Je n’ai pas démantelé le système plus vite car j’avais 3.000 emplois à protéger ! »

Comment n’avoir pas réagi plus fort et plus vite face à cette bulle de 2,5 milliards des certificats verts ? Et cela alors que la Cwape, instance de contrôle de cette politique énergétique avait mis en garde urgemment le ministre et son gouvernement mi 2011, une alerte répétée à deux reprises, comme le révèle Le Soir ce week-end. Le patron de la Cwape (autrefois chef de cabinet de l’Ecolo Daras qui a mis en place le système des certificats verts) déclare ainsi ce week-end explicitement au Soir que le ministre n’a pas tenu compte de ses avertissements. «  La Cwape est dans son rôle  »> commente le ministre, qui précise avoir pris les premières mesures dès 2010 lorsqu’il est entré au gouvernement, décision qui lui a attiré des volées de bois vert. «  J’ai pris ensuite d’autres mesures. » Trop faibles ? Trop Tard ? «  Il y avait 3.000 emplois en jeu  » dans le secteur du photovoltaïque ce qui, précise le ministre, n’est pas rien, si on regarde les emplois menacés chez Arcelor. Il dit avoir alors agi, en accord avec le gouvernement.

Privilégiant des emplois subsidiés, financés in fine par le consommateur, qui paye sa facture électrique plus cher ? Le ministre refuse cette analyse et précise que des mesures doivent être prises pour régler cet impact des certificats verts sur le consommateur d’électricité, dans la foulée des décisions d’exonération des entreprises. Il insiste également sur le fait que l’encouragement de l’économie alternative faisait partie du programme de gouvernement, souscrit par tous les partis présents et qu’elle est un impératif pour notre futur. En fin d’émission, il le dira solennellement, le consommateur ne payera pas les factures de cette bulle : «  Je m’y engage  »

Une nouvelle bulle spéculative autour des certificats verts en marge de Batibouw ? « Il y a effectivement un risque »

La question est évidente : les consommateurs wallons ne vont-ils pas se précipiter sur l’achat de panneaux photovoltaïques lors de Batibouw pour profiter de l’ancien système qui est en cours maintenant et finira en mars et donc, recréer une bulle spéculative ? L’effet de la dispute politique générée cette semaine, ne crée-t-il pas un dysfonctionnement dans le dysfonctionnement ? «  Il y a effectivement un risque. Ceux qui ont provoqué l’amalgame, ont pris ce risque-là et je le regrette mais néanmoins, on doit pouvoir le gérer. » Les consommateurs ont quand même intérêt à souscrire à Batibouw pour ne pas être soumis à la désindexation automatique des avantages liés aux panneaux photovoltaïques que vous allez mettre en place ensuite ? «  Je suppose. Mais vous n’êtes pas là pour en faire la publicité, certains s’en chargent très bien, financent des grandes campagnes autour de ça, et je les ai critiqués. »

Le ministre l’affirme, ceux qui investiront dans les panneaux photovoltaïques après les changements que le ministre va leur imprimer fin mars, continueront à avoir un système rentable.

« Le gouvernement wallon fonctionne ! Allez ! »

Après cette semaine de critiques torrides, émanant du PS, du CDH et du MR, le ministre estime-t-il encore avoir, aujourd’hui, la confiance suffisante de ses partenaires au gouvernement wallon ? Rudy Demotte a-t-il encore un gouvernement qui fonctionne ? «  Ca ne sert à rien d’en rajouter, vous avez vu comme moi ce qui s’est passé depuis lors, mais mercredi, en réunion du comité ministériel restreint, nous avons pris les décisions fixant les principes pour la réforme des certificats verts. Et jeudi, le Gouvernement wallon a pris une décision fondamentale sur le cadre éolien, avec la création de filière d’emplois dans ce secteur de l’éolien, qui totalise 80 entreprises en Wallonie, et qui était attendue depuis des semaines. Ca n’irait pas au gouvernement wallon ? Regardez les faits ! Et le nombre de décisions que nous avons pu prendre y compris ce jeudi-ci, sur ces dossiers fondamentaux. Allez !  »

N’est-on pas rentré bel et bien les deux pieds dans la campagne électorale ? Nollet sort samedi dernier dans la presse sans concertation avec ses collègues et ceux-ci sont obligés derrière de lui tirer des balles dans le pied : on est février 2014 déjà et pas 2013 ? «  Nous ne sommes pas en février 2014, nous sommes en février 2013, il nous reste 13 ou 14 mois, ça dépend de la date des élections et il me reste deux gros dossiers. Et moi, je veux que ces deux gros dossiers puissent aboutir avant la fin de la législature. Et c’est mon job, je suis Ministre du Logement, Ministre de l’Energie, Ministre de la Fonction publique, Ministre de la Recherche, Ministre de la Petite enfance, il me reste deux gros dossiers. Un, le Plan Cigogne, faire adopter le Plan Cigogne jusque 2022, dans le contrat de gestion de l’ONE et deux, la tarification progressive de l’énergie. Vous ne m’en voudrez pas d’avoir à 14 mois des élections, déposé sur la table du Gouvernement, ces deux gros dossiers en temps et à heure, et moi, je travaillerais comme Ministre jusqu’à la veille des élections. »

« Je ne suis pas le ministre des effets d’annonce »

Les crèches, la suppression des devoirs en primaire, et maintenant les premiers 500 Kwatts gratuits : Nollet n’est-il pas le ministre des effets d’annonce ? Il dément fermement, présentant son bilan. Et pour ce qui est des fameux 500 kwatts gratuits, il demande d’attendre la fin du processus pour juger. La politique de tarification progressive est actée par le gouvernement, on doit juste en définir le contenu pour ensuite le faire approuver par le gouvernement wallon. Une semaine après leur annonce triomphante, les 500 kwatts gratuits n’existent donc toujours pas, mais Nollet en quelque sorte dit aux consommateurs wallons : «  Patience, vous verrez  ».