The Startup Kids, le web-documentaire inspirant de deux Islandaises

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En pleine faillite islandaise, Vala Halldorsdottir et Sesselja Vilhjalmsdottir décident de redonner à leur pays en berne la pèche entrepreneuriale qui est la leur. Comment ? Avec une caméra et un micro. En mai 2010, elles partent à la rencontre d’une dizaine de jeunes entrepreneurs dont les succès et les échecs sont simplement hallucinants. Le tournage aura duré plus de deux ans mais le résultat vaut le détour. Les discours des (parfois très) jeunes intervenants sont piquants de culot, d’intelligence et d’une surprenante lucidité.

Inoubliable, le récit de Zach Klein, cofondateur de Vimeo, la plateforme de partage de vidéos créatives. Après avoir vendu sa startup pour quelques centaines de millions d’euros, il décide de réaliser son rêve de gosse : construire un chalet au milieu des bois, sans électricité ni eau chaude, pour profiter de la nature avec une dizaine de copains… L’histoire de cet autre entrepreneur anglais n’est pas moins banale. À treize ans, Ben Way crée sa première entreprise. Il passera son adolescence à en développer une dizaine d’autres avant de tout perdre… à vingt ans à peine. « 26 millions d’euros, ma voiture, ma copine et ma maison » (sic.). Deux ans plus tard, il se remet en selle. Peur de rien.

On aurait tort de dévoiler davantage sur ce film surprenant qui se paie le luxe d’être aussi gratuit (disponibilité prévue pour ce mois-ci). Par contre, on relèvera le point litigieux sur lequel s’affrontent déjà les quelques spectateurs privilégiés de la première heure. Est-ce réellement un appel à entreprendre ? Il y a dans ces récits comme une pointe de frime. Une démonstration presque assommante d’intelligence et de chance à même de décourager l’apprenti-entrepreneur de se lancer dans l’aventure ici et maintenant. S’il semble évident que les réalisatrices ont voulu faire honneur à ces jeunes hommes et femmes impressionnants de courage et d’ambition – parfois restés jusqu’à six mois enfermés dans leur chambre à coder sans croiser ni famille ni ami – jusqu’au bout de leurs projets, on peut quand même se demander si l’objectif émulateur du documentaire est réellement atteint. «  Un peu dommage qu’en fait, on ressorte de là en se disant qu’il faut quasi avoir moins de 30 ans et être un « no-life » qui n’a pas d’autre but dans la vie que le travail pour entreprendre. Mais bon, c’est peut-être vrai  » commente un internaute.

«  À tous ceux qui pensent aujourd’hui qu’ils n’ont aucune chance de devenir entrepreneur car ils ont une vie et plus de 30 ans : Il ne faut pas oublier que le film traitait des jeunes entrepreneurs (Startup Kids) et pas de l’entrepreneuriat en général. Même en Silicon Valley, la plupart des entrepreneurs à succès ont plus de 30 ans. Le plus important quand on veut devenir entrepreneur n’est pas son âge ni son style de vie mais bien la façon dont on réalise ce qu’on a dans la tête. Si vraiment, vous voulez devenir entrepreneur, commencez dès aujourd’hui à poser des actes.  » (sic.) répond un autre sur le même fil.

Pas sûr, donc, qu’il faille attendre de ce documentaire qu’il suscite des vocations entrepreneuriales comme The Dark Knight a su réveiller des instincts violents. Il est à prendre pour ce qu’il est : un recueil de success stories saupoudrées d’un zeste d’échecs rapidement digérés, qui vend du rêve, californien surtout, moderne et diablement rafraîchissant.