Le concert parfait du Brussels Jazz Orchestra and guests

Le directeur artistique de l’orchestre, le sax Frank Vaganée, s’est souvenu qu’il y a 20 ans, cinq potes se disaient qu’ils monteraient bien un big band. « C’était au Sounds, le club d’Ixelles, raconte-t-il sur scène. Et une des plus belles choses de l’aventure, c’est que ces cinq-là sont toujours dans l’orchestre. » Le club des 5 ? Frank Vaganée, évidemment, Serge Plume, Bo Van der Werf, Bart Defoort et Marc Godfroid. Cinq cents concerts dont 125 dans le monde, de l’Afrique du Sud à New York (et bientôt à Singapour), 40 enregistrements pour la radio et la télé et 18 albums plus tard, le BJO est devenu un des meilleurs big bands du monde. Ce n’est ni Frank, ni moi qui le prétendent. Mais des musiciens comme Kenny Werner ou Joe Lovano, qui ont travaillé avec lui.

« Engagement »

Pourquoi ce succès ? On peut parler de flexibilité, de technicité, de dynamisme, de sérieux, de musicalité, de solidarité. « Mais tout se résume en un mot : l’engagement, lance le président du conseil d’administration du BJO, Peter Luypaers. Doublé d’une amitié profonde entre les musiciens et avec ceux qui travaillent autour de l’orchestre. »

La preuve de la qualité intrinsèque de cet ensemble ? Les discours terminés, Frank Vagane lève le bras, fait quelques signes cabalistiques de la main. Et c’est parti. Immédiatement, ça sonne génial. La balance entre les cuivres, la contrebasse, la batterie, la guitare et le piano est impeccable. On entend tout. Dans la force comme dans la douceur. L’orchestre explose, se calme, pour exploser à nouveau dans le tutti des trompettes et trombones. C’était « Hopping around », un morceau de Dieter Limbourg, un des saxophonistes. Dès le premier morceau, c’est gagné.

Michel Herr collabore avec le BJO depuis 1996. Le BJO a enregistré sa musique sur un double CD. Le claviériste vient diriger « Springboard » et « Extremes », deux exemplaires de sa musique sophistiquée, parfois mystérieuse, toujours swinguante. Et puis voilà David Linx. C’est avec lui que le BJO a enregistré son premier CD vocal. Un extrait de cet album, Changing Faces. Un autre de l’album A different Porgy and another Bess. David est impressionnant. Dans le rythme effréné du premier, où il chante, parle, scatte, rappe presque ; dans la balade amoureuse du second.

Et puis il y a la performance de Nathalie Loriers et Frank Vaganee. Sur « Portrait of Janet », extrait de Naked in the cosmos, enregistré avec Kenny Werner. Nathalie développe une longue et touchante introduction au piano, Frank assume tout le morceau en solo, avec une sonorité veloutée à la Ben Webster et sans l’orchestre, qui sait aussi se taire. Puis, poussé par le big band, éclate véritablement, sortant de son sax alto des sonorités déchirantes. Wow. Impressionnant.

Un frère pour Mpho

Tutu Puoane fournit une touche africaine à ce concert. Un a cappella dans la langue maternelle de cette sud-africaine, le sotho, une langue à clics. « A vous », lance-t-elle soudain, les yeux rieurs et les mains sur un ventre annonçant un petit frère à sa fille Mpho. Tutu voulait chanter avec le BJO. Elle a envoyé un mail à l’orchestre. Et ça c’est fait. Un album baptisé Mama Africa, avec celle que Frank appelle « le rossignol sud-africain d’Anvers ». Une chanson teintée de couleurs africaines, avec le banc de saxes aux flûtes et aux pipeaux. Et puis « What more could be right », où elle montre qu’elle est une vraie chanteuse de jazz. Ce qui se confirme encore dans la super ballade qu’elle interprète avec David Linx, « For the time being », de Bert Joris. Leur duo donne le frisson.

Le « Cafe Siesta » de Pierre Drevet, le « Innocent Blues » de Bert Joris, qu’il interprète au bugle. Et Philip Catherine déboule sur scène. Le BJO a enregistré un CD avec lui en 2003. Philip donne toujours l’impression de ne pas savoir exactement où il est quand il arriver sur scène. Il semble chercher quelque chose, chipote à son ampli, remet sa partition en place, l’air un peu désemparé. Mais, dès ses premières notes, c’est parfaitement en place, musical, original, impromptu, superbe. Duo avec Bert Joris au bugle encore, avec un unisson qui sonne. Et puis un dernier morceau, joué par le BJO seul. Et c’est la fin.

Vraiment ? Non. Tous les invités reviennent sur scène. Et on joue le morceau fétiche de Philip Catherine « Dance for Victor ». A l’orchestre, à la guitare, à la trompette, aux voix. Superbe fin, guillerette et électrisante à la fois, pour un concert qui fut extraordinaire de bout en bout.

Le BJO va répéter ce long set de deux heures et demie (« Un véritable marathon », ont lancé ensuite des membres de l’orchestre, fatigués mais très heureux) à Anvers ce samedi, à Courtrai et Hasselt la semaine prochaine (allez voir sur www.brusselsjazzorchestra.com).

Et bravo au BJO, qui, c’est sûr, nous donnera encore plein de bonheur et de frissons. Et pour le remercier, voici la liste de ses membres.

Piano : Nathalie Loriers.

Contrebasse : Jos Machtel.

Batterie : Toni Vitacolonna.

Guitare : Henrick Braeckman

Banc des trompettes : Pierre Prevet, Serge Plume, Nico Schepers et Jeroen Van Malderen.

Banc des trombones : Laurent Hendrick, Marc Godfroid, Lode Martens et Ben Fleerackers.

Banc des sax : Bo Van der Werf, Dieter Limbourg, Frank Vaganee, Bart Defoort et Kurt Van Herck.

P.S. Si vous voulez encore écouter du jazz live ce week-end, rendez-vous à Louvain, pour le Leuven Jazz, avec ce vendredi soir : Zara MacFarlane et Eve Beuvens-Mikael Godee Quartet ; ce samedi : Stefano Bollani vs Fred Hersch, un combat de deux pianistes d’exception. Si vous préférez Bruxelles, il y a eNKa, le nouveau groupe à voix de Nicolas Kummert, au Blue Flamingo à Molenbeek.