Deleuze: «Le gouvernement fait un cadeau injustifié à Electrabel et EDF»

Bruno DALIMONTE
Bruno DALIMONTE - LESOIR

L e plan Wathelet est un super-cadeau à Electrabel et à EDF, de la part d’un gouvernement dont le budget est serré. » Pour Olivier Deleuze, le coprésident d’Ecolo, « la prolongation de dix ans de la centrale nucléaire de Tihange était déjà un cadeau. En garantissant en outre un prix minimum de 41,8 euros par MWh, le gouvernement offre un bonus injustifié à Electrabel et EDF. »

En cause : les conditions financières du prolongement de Tihange 1, dévoilées au début juillet par le secrétaire d’État à l’Énergie, Melchior Wathelet, et validées par le gouvernement fédéral le 19 juillet.

Pour rappel, le mécanisme prévoit qu’entre 2015 et 2025, l’État capte le produit de la vente de l’électricité produite et rétribue les propriétaires des installations, Electrabel et EDF à parts égales.

Le prix de rachat du mégawattheure (MWh) est fixé à 41,8 euros. Dont 27,4 euros pour couvrir les coûts de production, 8 euros pour l’amortissement des investissements de prolongation (600 millions) et 6,4 euros de marge accordés aux exploitants.

Si le prix de l’électricité sur la Bourse électrique est inférieur à ce prix de rachat, l’État ne rachète pas. Si le prix est supérieur, les recettes additionnelles seront partagées entre l’État, à concurrence de 70 %, et les deux producteurs, pour les 30 % restant.

Peu convaincu, le coprésident d’Ecolo a pris sa calculette. « Je m’étonne d’abord du coût de production retenu par le gouvernement, soit 27,4 euros par MWh. La Creg, la Commission de régulation de l’électricité et du gaz, l’avait estimé à 21,4 euros. Je suis d’accord que l’on indexe ce montant. Mais, avec une indexation de 2 % l’an, j’arrive à 23,1 euros, pas à 27,4 euros ».

S’agissant de l’amortissement des investissements nécessaires pour prolonger le fonctionnement de la centrale, Olivier Deleuze veut bien retenir le chiffre de 8 euros « même si je n’ai trouvé, dans le plan de M. Wathelet, aucune justification particulière ». La Creg, rappelle-t-il, avait estimé l’amortissement des investissements supplémentai- res à 2,12 euros du MWh.

Mais c’était avant les stress tests, qui impliqueront des investissements additionnels.

En revanche, Olivier Deleuze s’interroge sur la marge bénéficiaire de 18 % accordée aux propriétaires de Tihange 1. « Dans une note récente, la Creg a proposé une marge de 12 % pour les producteurs installant de nouvelles éoliennes off-shore. Or, c’est un investissement tout aussi risqué que l’exploitation d’une centrale nucléaire amortie de longue date », explique-t-il, estimant qu’une marge supérieure pour Tihange 1 est injustifiée.

De même, Olivier Deleuze ne voit pas pourquoi les recettes additionnelles, si le prix de marché passe 41,8 euros, ne reviennent pas entièrement à l’État.

Et quand le secrétaire d’État à l’Énergie se justifie en affirmant que « jamais un gouvernement n’a taxé autant la rente nucléaire », le co-président d’Ecolo fait les comptes : « La taxe sur la rente nucléaire se monte aujourd’hui à 550 millions par an, dont 89 millions pour Tihange 1. Dans le nouveau système, le prélèvement sur Tihange 1 sera nul si le prix de marché de l’électricité est inférieur à 41,8 euros. Et il faudra qu’il dépasse 58 euros pour que le prélèvement soit supérieur à ce que rapporte aujourd’hui la rente nucléaire ».

Or, note Olivier Deleuze, le prix du MWh pour livraison en 2014, 2015 ou 2016 est aujourd’hui de 41,5 euros : « Je voudrais bien qu’on m’explique pourquoi on a inventé un système aussi complexe pour finalement aboutir à un recul par rapport à la situation actuelle. »

Le coprésident d’Ecolo noircit-il le tableau ? Un peu. Le prix du MWh pour livraison à un, deux ou trois ans est effectivement de 41,5 euros. Mais nous sommes au cœur de l’été. En hiver, le prix est supérieur. Et, nous explique un spécialiste, il faut considérer la moyenne sur l’ensemble de l’année, qu’il situe aux alentours de 52 euros.

Par ailleurs, des projections d’évolution de prix communément utilisées par le secteur électrique situent le MWh aux alentours de 55 euros en 2016.

Reste que le nouveau prélèvement devrait rapporter moins que la rente actuelle. « Le gouvernement se prive de cet argent avec lequel il pourrait investir utilement. Pourquoi ? Il faudrait qu’on me l’explique. », conclut Olivier Deleuze.

DOMINIQUE BERNS