Une autre assiette plutôt qu’un moteur à viande

C’est sans aucun doute un beau rêve humain que de faire un jour pousser des plantes dans le désert. Ou de pouvoir créer de la viande sans passer par la mort de millions d’animaux élevés à cet usage dans des conditions qui peuvent très souvent couper l’appétit. Difficile donc de rejeter a priori le projet de Mark Post de vouloir à la fois nourrir les milliards d’habitants de la planète en créant une sorte de « moteur à steak » qui utilise les dernières techniques de la croissance des cellules souches pour s’affranchir d’une partie astronomique des apports nécessaires en eau, sol, protéines végétales exigées par la production de viande. La demande de viande devrait doubler dans les 40 prochaines années. Or, il faut plus de 15.000 litres d’eau et 120 m2 de surface cultivable pour en produire un seul kilo.

Mais est-il pour autant raisonnable de porter tant d’intérêt et tant d’espoir dans un projet qui pose davantage de questions qu’il n’apporte de solutions vérifiables ? Les protéines nécessaires pour nourrir ce « moteur à steak » proviennent en effet… de bovins qu’il faudra donc toujours produire, sans guère réduire l’impact écologique de la chaîne globale de production alimentaire. Surtout, rien n’indique comment le scientifique pourra améliorer son procédé pour faire descendre le prix du kilo de son « steak in vitro » d’un million à quelques dizaines d’euros.

Rien ne garantit d’ailleurs, à ce stade, que l’emploi de la cellule souche, aujourd’hui développé pour lutter chez l’homme contre l’effet de la maladie ou du vieillissement, sera sans danger pour la santé humaine, l’apport des nutriments nécessaires à l’élaboration de cette viande reconstituée ne se faisant pas aussi simplement que ne le fait l’estomac d’une vache, un « aliment » que l’être humain s’est habitué à consommer depuis des milliers d’années.

Avant de créer de la viande en tube dans un projet barnumesque, ne faudrait-il pas plutôt d’abord interroger d’urgence notre consommation occidentale, souvent deux ou trois fois supérieure à la nécessité ? Et mieux partager nos ressources ?

Et, avant de copier-coller au monde entier nos habitudes alimentaires peu équilibrées et peu durables, ne serait-il pas davantage profitable de se tourner vers le développement de nouveaux aliments d’origine végétale, qui souvent peuvent apporter de nombreuses protéines indispensables à l’être humain ?

Et de se souvenir qu’un hectare de culture peut produire cinq fois plus de protéines que s’il est réservé à l’élevage…