«Donnez ou prenez»: la philosophie du magasin gratuit

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Reportage

D onnez ou prenez. » La phrase, explicite, résume l’initiative du magasin gratuit lancé à Forest au début du mois d’août. Pas question pour les initiateurs de se répandre sur leurs profils, leurs motivations : « le magasin parle de lui-même je pense », sourit le jeune homme qui tient la permanence ce jeudi.

Il ne sera pas davantage loquace quant à l’organisation. Ils sont « quelques potes » à donner de leur temps pour que soit ouvert, 8 heures par semaine, cet espace de gratuité. Pas de monnaie d’échange, pas d’échange. On donne et on prend ce qu’on veut, ce dont on a besoin ou envie. Pas de publicité non plus, juste le bouche-à-oreille, et, rapidement, les réseaux sociaux et finalement les médias qui relaient l’initiative. « Nous ne sommes pas en demande mais on ne peut pas l’empêcher. »

Ouvert chaque jeudi et dimanche, de 14 à 18 heures, le magasin gratuit ne désemplit pas. Au pied de la devanture, une série de chaises en bois, un sac à dos, et plusieurs cabas remplis de dons divers. A l’intérieur, les gens trifouillent dans la multitude d’objets et vêtements entassés dans les quelque 20 mètres carrés du 195 chaussée de Forest, à Saint-Gilles. Vaisselles, rangement, peluches, livres, CD, DVD, chaussures, petit mobilier en tout genre… Les objets trop encombrants sont répertoriés sur des petites annonces, placardées sur la planche en bois qui sert de valves et coupée en deux : une colonne « je donne », une colonne « je cherche ». Cours de turc, phasmes, fenêtre de caravane, un pouf, un vélo pour un garçon de 8 ans… Les personnes laissent leurs coordonnées sur l’annonce, créant un circuit autonome qui, espère l’équipe du magasin gratuit, se développera.

Emmanuel habite Saint-Gilles. Il passe pour la première fois au magasin, après en avoir entendu parler. Deux livres pour enfant et une voiturette en main, il salue d’un sourire timide l’initiative qui va lui permettre de faire plaisir à sa petite fille de deux ans. Il pense aussi aux choses qu’il pourra déposer, la prochaine fois. Alexandre, 17 ans, et Stéphanie, 14 ans, sont venus des Marolles et d’Uccle « pour voir ». Cet habitué des brocantes repart avec quelques boîtes de rangement en métal, pour sa maman.

Martin et Marie habitent le coin et sont passés par hasard. « C’est une très bonne initiative. Ça empêche le gaspillage, et permet d’aider directement les gens qui sont dans le besoin. Ça encourage aussi ce type de comportement, si vous venez chercher quelque chose, vous penserez plus facilement à apporter ce dont vous n’avez plus besoin. » A l’intérieur, une femme, la cinquantaine, présente les trois paires de chaussures chinées, ponctuant d’un « voilà » interrogatif. « Parfait, prenez, vous voulez un sac ? », propose l’hôte. La mécanique est bien lancée, malgré les hésitations des visiteurs peu habitués à la gratuité. Jeudi et dimanche, le va-et-vient ne s’interrompt pas, et les dons ne sont pas en reste. Le plus courant ? Les vêtements. À un tel point que le magasin ne les accepte pour l’instant plus, l’espace pour entreposer étant aussi exigu.

Quel avenir pour le magasin gratuit ? Incertain. Le 195 chaussée de Forest est aujourd’hui « occupé », l’absence de loyer permet le projet purement bénévole. Mais si la commune tolère, elle se réappropria le lieu dans le cadre de l’installation d’une crèche.

Nico souligne, qu’auparavant, le magasin gratuit n’était pas nécessaire, « les gens, plutôt que d’aller directement tout apporter à la déchetterie, déposaient les objets dont ils n’avaient plus d’usage en rue, et chacun pouvait se servir. Aujourd’hui, c’est passible d’une amende, comme dépôt clandestin. »