Olivier Chastel: «Maximum 400 millions à trouver en 2014»

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Lundi, le gouvernement Di Rupo démarre ses travaux budgétaires. Dans l’ordre, d’abord le contrôle 2013. En juin, la majorité fédérale avait trouvé 750 millions pour clôturer l’exercice avec un déficit de 2,5 %. Trois mois plus tard, il faut trouver quelques dizaines de millions d’euros, via un contrôle strict des dépenses de l’Etat, annonce Olivier Chastel, ministre (MR) du Budget. Le gouvernement doit envoyer son épure le 21 septembre au plus tard à la Commission européenne.

Dans la foulée, les six partis de la majorité se pencheront sur le budget fédéral. Si Olivier Chastel se refuse à dire que ce sera « facile », il ne s’en montre pas moins optimiste. En juin, 2,4 milliards ont déjà été trouvés, reste 300 à 400 millions, annonce-t-il. Auxquels il faudra ajouter l’enveloppe pour la relance, que tous les partis réclament, histoire d’annoncer de bonnes nouvelles à quelques mois de la campagne. L’Europe attend le budget belge pour le 15 octobre.

Budget Maximum 300 à 400 millions

Tout le monde évoque une embellie budgétaire...

Je ne veux pas être plus optimiste qu’il ne le faut, mais on vit une charnière budgétaire: d’ici la fin de l’année, on pourra considérer qu’on a remis le pays sur les rails, en matière de finances publiques. Fin 2014, le déficit nominal approchera les 2%.

On n’a quand même pas encore atteint l’équilibre?

Exact... Mais on a toujours voulu, tout en redressant nos finances, éviter à tout prix de casser la mécanique, maintenir le pouvoir d’achat des citoyens, la compétitivité des entreprises. C’est pour ça qu’en mars, on est allés discuter avec la Commission européenne. A l’époque, elle nous a dit : on comprend que vous étaliez l’effort sur un an de plus mais on vous demande de faire davantage d’efforts structurels. A savoir 1% en 2013 et 0,8% en 2014.

Lundi, vous démarrez le contrôle budgétaire pour l’exercice 2013. Les nouvelles sont bonnes?

En juin, on nous avait dit que, pour atteindre le déficit nominal de 2,5%, on devait trouver 500 millions. On a fait 750 millions. Et, aujourd’hui, on semble être dans les rails. En clair, on est quasiment à l’objectif.

Pas besoin de nouvelle mesure d’économie en 2013 alors?

Je n’ai pas encore reçu le rapport du comité de monitoring. Mais on semble être dans le bon, en effet.

Pourtant, les recettes fiscales sont meilleures que prévu, la régularisation fiscale cartonne... On devrait donc faire beaucoup mieux que prévu?

Les recettes fiscales se redressent, après un départ très moyen sur les premiers mois de l’année. On va donc atteindre l’objectif prévu au budget 2013. Ceci dit, des milliers de dossiers de régularisation fiscale sont arrivés à l’administration, mais ils doivent encore être traités. Et on n’a pas encore calculé ce que tous ces contribuables qui rapatrient leur argent doivent. On reste optimistes mais prudents!

Mais donc, pas de mesure douloureuse pour le citoyen?

Non, c’est mon intime conviction. Par contre, j’ai lancé une procédure de prudence budgétaire mercredi. On limite, jusqu’à la fin de l’année, toutes les dépenses à celles qui ont un caractère inévitable et obligatoire. L’inspection des finances devra le vérifier pour chaque demande. Chaque année, l’Etat comptabilise, en fin d’année, des crédits qui ne sont pas utilisés, c’est ce qu’on appelle la sous-utilisation. Naturellement, elle atteint 600 millions. Pour 2013, on a prévu de sous-utiliser 819 millions. Et là, on n’est pas tout à fait à l’objectif, d’où la procédure: il manque quelques dizaines de millions.

Pas de mesure nouvelle non plus?

Ah toute mesure nouvelle nécessiterait de nouvelles économies!

Pour le budget 2014, on a déjà trouvé, en juin, 2,4 milliards. Il faut encore trouver combien?

Maximum 300 à 400 millions, pas au-delà. Les derniers paramètres sont plutôt positifs: la croissance reste de 1,1% et les perspectives d’emploi sont un peu meilleures que prévu. On n’aura donc pas de mauvaise surprise.

Tous les partis plaident pour des mesures de relance.

Oui, le MR aussi. Pour nous, on peut y consacrer 200 millions.

Donc 500 à 600 millions... On va les trouver où? Dans les dépenses primaires?

Objectivement, il n’y a plus énormément de marge: dans beaucoup de départements, on ne peut plus faire grand-chose.

Chez les citoyens alors?

Il ne faut pas prendre dans une poche ce qu’on veut mettre dans une autre! Tout ce que j’espère c’est qu’on puisse réaliser cet exercice dans un climat serein, non électoral. La Commission européenne attend de nous sérénité et responsabilité, on doit lui montrer qu’on respecte nos engagements.

On va reparler des pistes de juin, comme la hausse de la TVA ou la taxe sur le diesel?

On ne devrait pas remettre sur la table les sujets de discorde... En juin, on a trouvé 2,4 milliards sans ces mesures-là. Et puis, tout ce qu’on n’a pas voulu mettre en oeuvre en juin, vous n’imaginez pas une seconde qu’un parti va accepter de les mettre en oeuvre à la rentrée. On ne va pas voir resurgir le catalogue des horreurs!

Les Régions aussi doivent respecter leurs engagements... Ecolo renâcle...

Les ministres-présidents se sont engagés au comité de concertation. Il y a un accord noir sur blanc. Personne n’a, le couteau sur la gorge, forcé qui que ce soit.

Relance: «Relevons la quotité exemptée pour les bas revenus»

Retrouvant sa casquette MR, Olivier Chastel détaille le projet de relance qu’il défendra lors des discussions budgétaires. Objectif: dégager 200 millions (un montant qui fait quasi consensus au sein de la majorité fédérale), à répartir, selon lui, autour de deux axes.

Aide aux PME. Le Mouvement réformateur veut «intensifier la mesure de réduction de charges pour les premiers emplois dans les PME». Pour l’heure, elle concerne les trois premiers engagements, et coûte, selon le ministre du Budget «45 millions par an». Faut-il l’étendre aux 4e et 5e premiers emplois ou renforcer l’aide sur les 3 premiers? Olivier Chastel refuse d’entrer dans les détails. Mais précise: «on peut doubler cette mesure, en clair, y consacrer 50 millions supplémentaires».

Soutien à la consommation. «Si on rend du pouvoir d’achat aux bas et moyens salaires, on a la quasi-certitude qu’il est réinjecté dans l’économie.» Concrètement, le ministre du Budget entend esquisser la grande réforme fiscale que le MR appelle de ses voeux dès le budget 2014, par un relèvement de la quotité exemptée. «Tout le monde s’accorde à dire qu’en Belgique, on paie trop vite trop d’impôts.» Où mettre le plafond? «Il faut calculer tout cela, les moyens ne sont pas illimités, on n’a pas de montants fous à notre disposition. Le MR propose une réforme fiscale à cinq ans, là, on peut tracer des objectifs à long terme. Cela, ce sera un élément pour un programme de gouvernement.» Sans attendre jusque là, Olivier Chastel estime que l’on peut amorcer la piste et y consacrer une bonne centaine de millions dès à présent. Concrètement, quelle sera la quotité exemptée? «Il faut la calculer, mais quelques centaines d’euros.» Précision utile: le ministre du Budget entend réserver cette mesure aux bas et moyens salaires, «en clair, il faut relever la quotité exemptée soit ciblée sur les bas et moyens revenus». Alors que, jusqu’ici, la quotité était identique pour tout le monde. «En la ciblant sur les bas et moyens revenus, on est sûrs que la mesure est payable et efficace. C’est une mesure qui peut donner un peu de souffle, en matière de consommation.»

Le ministre du Budget conclut en se disant «ouvert à tout autre proposition»

Actifs «Belgacom, c’est stratégique, par contre, une banque française...»

Pour la fin de l’année, le gouvernement s’est engagé à ramener la dette publique sous la barre des 100%. Voilà qui annonce donc la vente de certains bijoux de famille. «Mais on ne va pas discuter de cela maintenant», insiste le ministre du Budget. Dans l’ordre, donc, le contrôle 2013 puis le budget 2014, puis la vente d’actifs. Les discussions seront distinctes.

1,8 à 2 milliards à vendre. «Selon les derniers chiffres, reçus hier, on doit trouver entre 1,8 milliard et 2 milliards pour ramener la dette sous les 100%, explique Olivier Chastel. Le Premier ministre, le ministre des Finances et moi, on explore toutes les pistes qui nous permettraient d’atteindre cet objectif.» Concrètement, les hypothèses sont connues. «Il y a pour 10 à 15 milliards de possibilités, quand on additionne toutes nos participations.»

Belgacom, c’est non. «Ce qu’il faudra faire, ce sont des choix stratégiques. Nous devons conserver nos participations stratégiques, c’est très important!» Belgacom, c’est stratégique? «Evidemment. Une majorité dans Belgacom, c’est stratégique.»

Les banques, par contre... Quid des banques? «Ce n’est pas le métier premier de l’Etat de rester indéfiniment actionnaire dans les banques. En revanche, garder des moyens de contrôle ou de pression, notamment quand ces banques ont de l’emploi chez nous, sans doute. Mais rester actionnaire à la hauteur à laquelle nous sommes dans un certain nombre d’organismes bancaires parce qu’à un certain moment, il a fallu sauver des dizaines de milliers d’emplois, on peut se poser la question.»

En filigrane du débat, la valeur de l’action... Ne dit-on pas qu’il faut que l’action de Paribas dépasse les 53 euros pour que l’Etat puisse récupérer sa mise? «Ce sont des chiffres que j’ai entendus... En effet, la question sous-jacente, c’est de savoir si c’est le bon moment pour en sortir, en fonction de la valeur de l’action et du montant qu’on pourrait donc en retirer. Mais je ne dis pas non plus qu’on ne sortira de telle banque parce que le montant de la revente de nos actions n’atteint pas le montant d’achat. A un moment donné, on devra pouvoir décider d’en sortir.»

Autant de questions auxquelles le ministre du Budget espère une réponse dans les prochaines semaines, avant, en tout cas, la fin de l’année. «Mais ce n’est pas de ma compétence, on y réfléchit avec le Premier ministre et le ministre des Finances.» Sa ligne de conduite? «Pas de tabou. On doit prendre des décisions stratégiques. Et consolider les positions de l’Etat là où il a du pouvoir. Quand on a du pouvoir, on peut infléchir un certain nombre de politiques. C’est important quand il y a des dizaines de milliers d’emplois à la clé. Il y a d’ailleurs une grande différence entre être actionnaire de BNP Paribas Fortis à Bruxelles ou BNP Paribas à Paris.»