La Wallonie n’a pas encore envoyé un seul demandeur d’emploi en stage

La Wallonie n’a pas encore offert une seule place de stage. En Flandre, le système tourne déjà à plein régime et 1.105 places de stage ont déjà été attribuées. © D.R.
La Wallonie n’a pas encore offert une seule place de stage. En Flandre, le système tourne déjà à plein régime et 1.105 places de stage ont déjà été attribuées. © D.R. - D.R.

C’était une mesure phare du plan de la ministre fédérale de l’Emploi, Monica De Coninck, annoncée en juin 2012 : la création de 10.000 stages en entreprise pour des jeunes peu qualifiés. Le programme, dont on lira le détail ci-contre, devait entrer en vigueur partout le premier janvier 2013.

Mais à la date d’aujourd’hui, 13 septembre 2013, la Wallonie n’a pas encore offert une seule place de stage. De son côté, la Flandre a respecté la date d’entrée en vigueur et le système tourne déjà à plein régime. Selon le cabinet du ministre flamand de l’Emploi, Philippe Muyters (N-VA), 1.105 places de stage ont déjà été attribuées et plusieurs centaines de jeunes sont déjà au travail (433, selon l’office flamand de l’emploi). A Bruxelles, la procédure est également en place : 250 places sont disponibles et 75 jeunes ont déjà un job, selon Actiris, l’office bruxellois de l’Emploi.

En Wallonie, rien.

Ce ne sont évidemment pas les candidats peu qualifiés en demande d’expérience professionnelle qui manquent, mais après de multiples contacts pris jeudi un constat s’impose : le système s’est enlisé dans un imbroglio institutionnel, politique et social.

Explications. Lorsque la ministre fédérale de l’Emploi annonce ses stages en juin 2012, elle prend de court son homologue wallon, André Antoine. Car il avait lui aussi un projet de stages, mais légèrement différent. Dans son idée, 80 % du stage se serait effectué en entreprise, et 20 % dans un institut de formation, alors que les stages fédéraux étaient prévus totalement en entreprise. Le ministre a alors tenté de combiner son système avec celui de son homologue fédérale, et ce n’est pas simple.

A cela se sont ajoutées des bisbilles entre syndicats et patrons. Les premiers accusent les secondes de freiner des quatre fers pour accueillir des non qualifiés dans leurs entreprises. « Un argument qui ne tient pas, répond l’Union wallonne des entreprises. Tant que nous ne connaissons pas les modalités du stage, il nous est impossible d’offrir des places. » L’organisation rappelle aussi qu’il y a actuellement 90.000 personnes qui effectuent des stages en entreprise, sous des statuts très divers.

Des divergences de vue ont aussi éclaté entre socialistes et sociaux-chrétiens, les uns accusant les autres de visées électoralistes. Il y a eu aussi des appréciations divergentes entre centres de formation et service public de l’emploi.

Enfin, les organisations patronales n’étaient pas sur la même longueur d’ondes, certaines demandant des stages en PME, d’autres plaidant pour des formations dans les grandes entreprises. C’est tout cela qui explique l’absence de stagiaires dans les entreprises wallonnes.

Contacté par nos soins, le ministre wallon de l’Emploi, André Antoine (CDH), reconnaît que la Wallonie n’est pas en avance. « C’est vrai, nous avons pris plus de temps. » Il indique toutefois que les textes légaux pour l’organisation des stages demandés par le fédéral sont prêts. « Nous discutons à présent de leur mise en œuvre avec le Forem. »

Le ministre prépare actuellement un second décret, qui permettra aux stagiaires de prolonger leur expérience, en passant une partie de leur temps dans une entreprise et une partie dans un centre de formation. Le ministre est soutenu dans cette démarche par Jean-Pierre Hansen, président du comité de gestion du Forem, et ancien dirigeant de Suez. « Alors c’est vrai, tout cela a pris du temps. Mais notre système sera plus avantageux sur la longueur : car il offrira un vrai stage de qualité, et des efforts d’insertions sérieux seront menés, comme en Allemagne ou en France. Et nous avons pris soin d’obtenir un accord des syndicats et des patrons. Bref, nous n’avons pas travaillé à la foreuse, nous avons patiné le bois », plaide le ministre.