Tecteo: le salaire de Moreau classé «secret-défense»

Michel Tonneau
Michel Tonneau

Bien que les salaires des principaux groupes de télécoms soient sur la place publique, celui du boss de Tecteo, Stéphane Moreau, n’a jamais été officiellement divulgué.

En novembre 2010, se disant «  fatigué  » de devoir répondre à des «  questions déplacées  », Stéphane Moreau affirmait au Soir que son salaire était «  grosso modo calqué sur celui de l’administrateur général de la RTBF, Jean-Paul Philippot.  » Soit environ 220.000 euros par an.

Un an plus tôt, Le Vif  citait le chiffre plus impressionnant de 478.000 euros brut par an pour son seul mandat chez Tecteo.

Selon nos informations, qui n’ont néanmoins pu être validées, cette rémunération serait de 588.000 euros brut par an.

Auxquels il faut ajouter quelques avantages (carte de crédit, assurance groupe…) et les rémunérations liées aux autres mandats communaux. Un salaire que Tecteo s’est refusé à confirmer, rappelant néanmoins, par la voix du CDH Dominique Drion et de la PS Denise Laurent, membres du comité de rémunération, que les rémunérations chez Tecteo «  ont été balisées et déterminées par les groupes Hay – première référence nationale dans la détermination des rémunérations au sein des grandes entreprises en Belgique – et Mac Kinsey.  »

Ce balisage n’aurait d’ailleurs été mis en place au sein du groupe qu’après «  un bench marking national effectué pour toutes les fonctions de l‘entreprise, de bas en haut.  »

« Même balises pour le comité de direction »

Toutes les rémunérations au sein de Tecteo seraient ainsi «  en ligne avec les secteurs de l’énergie et des télécoms  » mais restent «  bien inférieures à celles pratiquées chez Belgacom ou Telenet pour ses cadres supérieurs.  »

Expliquant que Stéphane Moreau n’est pas la première rémunération du groupe et que « plusieurs membres du comité de direction se situent dans les mêmes balises », Dominique Drion et Denise Laurent rappellent encore que Tecteo évolue dans un milieu fortement concurrentiel et qu’«  il ne faut pas confondre le coût société, le salaire brut et le salaire poche.  »

Enfin, «  toutes les rémunérations pratiquées, tant au sein du comité de direction, que pour les cadres supérieurs sont comparables avec celles pratiquées au sein d’Ethias, de la Sonaca, de la Sogepa…, qui sont toutes propriétés de la Région wallonne. Toutefois, contrairement à Tecteo, elles ont pour la plupart reçu d’importants apports de fonds publics et la situation de leurs cadres et CEO n’a pourtant jamais posé débat…  »

Oui à la transparence mais…

Invité du «Grand Oral – La Première Le Soir», ce week-end, le ministre wallon (PS) de l’Economie Jean-Claude Marcourt a affirmé, évoquant le salaire de Stéphane Moreau, qu’il était «  pour la transparence là où ça doit être.  » Autrement dit : oui pour une divulgation de la rémunération mais «  pas nécessairement au grand public.  »

Une réserve que Paul Magnette, joint par Le Soir, reprend à son compte. «  Je suis partisan d’une limitation des salaires des dirigeants d’entreprises tant dans le privé que dans le public, dit le président du PS. Et tant les organes de tutelle que les actionnaires des intercommunales sont en droit de connaître le salaire de leurs dirigeants. Plus de transparence n’induit pas nécessairement une communication au grand public. La transparence doit s’opérer au sein des organes de contrôle et au sein des organes décisionnaires souverains des intercommunales. »

Tout comme Jean-Claude Marcourt et Paul Furlan (PS), le ministre wallon des Pouvoirs locaux, Paul Magnette plaide «  pour qu’on définisse une nouvelle structure autour de Tecteo.  »

JOËL MATRICHE