Le Théâtre de la Place n’est pas mort

Soirée slam au «
théâtre à la place
».
Soirée slam au « théâtre à la place ». - Michel Tonneau.

Ils ont rebranché les frigos du bar, installé une bibliothèque et investi tous les recoins du théâtre. Au mur, des grandes fresques, des photos de gueules fracassées par la précarité, des slogans et des messages pratiques style « par ici les toilettes sèches » ou plus solennels comme « nous constatons qu’un théâtre est vide. Nous nous ruons sur l’occasion pour expérimenter une pratique de l’art à côté des contraintes dictées par le marché ». Et à côté de ce manifeste, un agenda qui reprend la liste des activités, entre soirées slam, répétition de spectacles, ateliers d’écriture, d’improvisation ou de danse.

Dès midi, la cafétéria accueille le public. Voisins, étudiants, SDF, nostalgiques du théâtre. Ce dimanche soir, c’était la « bouffe populaire » Repas à prix libre confectionné avec des denrées récupérées. «  Nous avons noué des liens avec des commerçants et des habitants du quartier, l’échange fonctionne bien  », s’enthousiasme Salim, un des porte-parole du groupe. Une voix s’élève dans le brouhaha de la cafétéria. Un chant de gospel entamé par Pietro Varrasso, metteur en scène. Les réponses fusent d’une chorale disséminée dans la foule enfumée. Une courte intervention avant que des slameurs prennent le relais. «  Je trouve cette occupation très excitante  », déclare le metteur en scène professionnel.

«  Un lieu pour se poser, bouquiner ou participer à des spectacles sans devoir consommer, ça manque, explique Gabriel. Nous remplissons un espace de vie avec des initiatives spontanées. Le jour où le théâtre sera démoli, nous partirons mais en attendant, nous occupons cet espace pour créer. »

A l’affiche, Fausse Commune, une création théâtrale qui revisite la période insurrectionnelle de 1871 à Paris où des citoyens de tous bords ont tenté de prendre le pouvoir et de développer une expérience d’autogestion. «  Il y a des analogies avec ce que l’on veut faire ici  », poursuit Gabriel. Un groupe de jeunes comédiens joue une farce, La descente aux enfers de l’employé moderne. D’autres préparent un attentat poétique dans l’atelier « Kaboum ».

Sans chauffage, sans eau mais avec de l’électricité, le « Théâtre à la place » devient un petit centre culturel ou l’assemblée populaire du lundi reçoit les propositions de créations. Un lieu de liberté créative mais aussi d’engagement personnel puisque toute personne qui y vient engage sa responsabilité. Jusqu’à présent la Ville laisse faire. «  Je préfère une occupation pacifique à un théâtre vide, déclare le bourgmestre. Mais je veux un accord avec les occupants pour garantir la sécurité et une prise en charge, à leurs frais des consommations énergétiques. »

Ph.Bx