«Traces de mémoire en péril»

Edition numérique des abonnés

Moment solennel, ce mercredi en Commission du Parlement bruxellois, où la députée CDH Julie de Groote interpellait le ministre-président Rudi Vervoort (PS) sur l’évolution d’un dossier aussi emblématique que sensible : le devenir de l’ancien siège bruxellois de la Gestapo durant la Deuxième guerre mondiale. Et, plus précisément, des caves des immeubles privés sis 453 et 347 de la prestigieuse avenue Louise où furent enfermés et torturés nombre de juifs et résistants au régime nazi.

Sur les murs, gravés à l’épingle ou avec les ongles, on peut encore lire quelques témoignages poignants laissés par les prisonniers dont beaucoup furent déportés vers les camps de la mort. «  “Chantez la vie”  ou encore “espoir… certitude”, des traces de mémoire qu’il est urgent de préserver sous peine de voir disparaître ces apostrophes et ces cris de douleur », a souligné l’élue centriste. « Chaque année qui passe nous éloigne un peu plus de la Deuxième guerre mondiale et il reste peu de témoins pour rappeler ce qui s’est passé dans ces caves. Face aux dérives démocratiques que l’on constate aujourd’hui, ce lieu est donc plus que jamais plus important », a, de son côté, appuyé la députée MR Viviane Teitelbaum. Mais le dossier paraît compliqué. En 2011, la Fondation Auschwitz avait sollicité les autorités pour examiner les possibilités de préservation de ces lieux et leur érection en lieu de Mémoire. « Lors de ma précédente intervention à ce sujet, il y a un an et demi, j’avais interpellé votre prédécesseur (NDLR : Charles Picqué, PS) pour savoir comment il envisageait la conservation de ces graffitis, a rappelé Julie de Groote. Il m’avait répondu vouloir privilégier la concertation en prenant contact avec les syndics des immeubles concernés. Quel est le résultat de cette démarche ? ».

Selon Rudi Vervoort, le processus de concertation avec les propriétaires des immeubles est jusqu’ici resté lettre morte. « Que ce soit pour ouvrir l’accès au public ou pour effectuer un travail scientifique, nous nous heurtons à un refus, a dit le ministre-président. Et il n’existe pas de mandat de perquisition urbanistique. Toute la difficulté est de trouver l’équilibre entre le droit de propriété et le devoir de mémoire ».

Parmi les leviers que pourrait utiliser la Région figurent le classement des caves, voire l’expropriation, comme cela a déjà été fait du côté de Cologne a, rappelé le ministre-président. Qui se pose une question préalable. « Soit on décide qu’il faut garder une trace de ces témoignages et on peut alors imaginer “exfiltrer” les graffitis pour les conserver dans un autre lieu. Soit on décide que c’est le lieu, lui-même qui doit être préservé. Nous devons trancher et, à ce stade, nous n’excluons rien », a conclu Rudi Vervoort.

PATRICE LEPRINCE