Et, à la fin, c’est le PS qui gagne

Partis ou candidats : les élections locales à Bruxelles ont une dimension nationale. © Belga.
Partis ou candidats : les élections locales à Bruxelles ont une dimension nationale. © Belga.

Il y a un an exactement, le 15 octobre 2012, journalistes et politologues n’en finissaient pas de gloser sur les résultats des élections communales qui s’étaient déroulées la veille. Mais comment analyser à chaud les scores des différents partis politiques alors qu’en Wallonie, par exemple, un scrutin local est d’abord l’addition de 262 situations particulières ?

Les enseignements complets de ce rendez-vous électoral font aujourd’hui l’objet d’une étude monumentale réalisée par une équipe de chercheurs de l’ULg, de l’UCL et de l’ULB (1). Elle fera date car « l’analyse de la politique locale peut être considérée comme le parent pauvre de la science politique ».

Une conclusion majeure s’impose en ce qui concerne la Wallonie, qui concentre l’essentiel des travaux : le PS a gagné les élections communales au sud du pays.

Bien sûr, lorsqu’on connaît les équilibres politiques en vigueur, cette information n’a pas de quoi surprendre. Mais les auteurs ont pris la peine d’éplucher les 1.012 listes qui se sont présentées dans les 262 communes wallonnes et de les ranger en cinq catégories, des listes strictement nationales jusqu’aux listes strictement locales, en passant notamment par les alliances de circonstance. Ils y ont recensé les 19.675 candidats en fonction de leur couleur, avant d’agréger leurs résultats électoraux pour les quatre principaux partis francophones.

L’infographie ci-dessus permet d’avoir une vue précise des rapports de force réels entre PS, MR, CDH et Ecolo. A noter au passage le résultat remarquable d’un « cinquième parti », celui des candidats des autres (petites) formations ou des listes locales qui ont rassemblé sous leurs couleurs un électeur sur cinq.

Clairement, les élections communales de 2012 en Wallonie ont été dominées par les listes nationales, même si le phénomène est plus important encore à Bruxelles : elles étaient 455 sur 1.012 à se présenter, soit 45 % du total, mais ont surtout récolté 58,9 % des voix ce qui prouve l’attachement des citoyens à des valeurs sûres du paysage politique.

Phénomène inverse pour les listes organisées au niveau local : on en a recensé 208, soit 20,6 % du total, mais elles n’ont drainé que 10,3 % de l’électorat.

Si l’on additionne les listes nationales et quasi nationales, autre catégorie décrite par les auteurs, une double évidence saute aux yeux : elles sont de loin les plus nombreuses et les plus appréciées des électeurs. Ainsi, 91,1 % du total des votes en faveur du PS et 94,2 % de ceux exprimés pour Ecolo l’ont été sur des listes clairement identifiées aux couleurs de ces deux formations.

Les alliances électorales entre plusieurs partis ou plusieurs listes sont un autre phénomène intéressant. Les chercheurs en ont dénombré 137 sur le territoire wallon, soit 13,5 % du total. Si elles ont convaincu 12,6 % du corps électoral, elles ont surtout fait élire 1.045 candidats, ce qui représente 19,7 % du total de sièges à pourvoir. « Les risques sont inévitables, les coûts potentiellement élevés et les bénéfices incertains », souligne l’étude. Mais la tactique peut manifestement s’avérer gagnante.

L’étude fourmille d’autres enseignements intéressants. Exemple : « Peu de candidats d’ouverture parviennent à se faire élire. Toutefois, il est à penser que la perspective d’un siège au conseil communal n’est probablement pas la motivation première pour ces candidats. Il s’agit avant tout d’un engagement afin de faire bénéficier une liste de sa notoriété… »

(1) « Les élections communales de 2012 en Wallonie », Régis Dandoy, Geoffroy Matagne et Min Reuchamps (dir), Bruges, Vanden Broele Editions, 2013 (198 pages), 25 euros. http://catalogue.editions.vandenbroele.be