Les squatters du Gesù délogés: «Une expulsion inutile» (vidéo)

Dès 6 heures du matin ce lundi, plus de 200 policiers, armés de boucliers et matraques, ont délogé les occupants de l’ancien couvent du Gesù à Saint-Josse-ten Noode.

Une expulsion « violente »

Alexis Deswaef, le président de la Ligue des droits de l’Homme, a témoigné à la Première de la violence de l’expulsion : « Une expulsion de manière très violente, avec des moyens policiers inimaginables : 40 combis, plus de 200 policiers, plus que le nombre d’habitants où il y a quand même environ 80 enfants. On a d’abord vu une maman menottée, avec sa fille à ses côtés. On est sous le choc car cela aurait dû se passer autrement. On ne s’attendait pas à ça. Des policiers avec boucliers et matraques qui avaient visiblement envie d’en découdre. Avocats, sympathisants, associations qui soutiennent les habitants ont été poussés de manière violente dans la rue. Visiblement les policiers avaient reçu pour instruction de ne pas hésiter à utiliser leur matraque ».

L’expulsion au Gesù s’est déroulée dans le calme, sans faire de blessé, a indiqué de son côté le bourgmestre Emir Kir lors d’une conférence de presse à la maison communale.

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Les occupants emmenés dans un stade pour vérifier leur identité

La police va désormais contrôler les identités des occupants qui ont été emmenés en cars vers le stade Georges Petre à Evere où leur sort sera examiné, famille par famille. Sur les quelque 200 occupants, les policiers ont déjà répertorié 119 personnes dont 38 enfants. Ils continuent le travail d’identification. Craignant d’être envoyés en centre fermé, de nombreux sans papiers avaient quitté le bâtiment dimanche dans la soirée.

20 logements à disposition des squatters

« Un bus a été mobilisé pour permettre à tous les locataires qui le souhaitent de pouvoir bénéficier d’un accompagnement avec le CPAS, Fedasil et le Samu Social. Là, les personnes auront toutes les informations quant à l’accueil d’urgence et au relogement éventuel », a précisé Emir Kir, le bourgmestre de Saint-Josse-ten-Noode. La commune a ouvert un centre de crise, dans la salle omnisports Liedts.

Les personnes seront dans un premier temps orientées vers des solutions d’urgence. La commune mettra dans les prochains jours neuf logements à disposition des occupants du Gesù. Des petits travaux doivent encore être effectués dans l’un d’entre eux.

La Région bruxelloise propose également onze logements. Les familles inscrites au registre avec des enfants scolarisés seront prioritaires. Dans le cadre d’un processus d’insertion socio-professionnel, les personnes relogées seront rapidement incitées à travailler et à payer leur loyer.

« Il ne peut y avoir de zones de non droit dans nos rues », a affirmé Emir Kir. « C’est indigne d’un État de droit. (…) Nous ne voulons pas de lieu qui amène une déstructuration sociale. Nous ne voulons pas le maintien de la misère… Vous ne savez pas qui se trouve dans un squat, je ne peux pas permettre l’anarchie », s’est justifié le bourgmestre de Saint-Josse qui a jugé la situation intenable en termes d’hygiène et d’insécurité.

Georges-Henri Beauthier : « On aurait pu faire autre chose »

« Tout ça est tragique et inutile » a commenté l’un des avocats des familles expulsées, Georges-Henri Beauthier. « Inutile car on aurait pu faire autre chose au lieu de déployer tant de forces. Le coût de ce déploiement aurait permis bien des solutions »

Qui sont les occupants ?

Les premiers occupants – des familles Roms, des sans papiers, des personnes isolées – se sont installés en 2009 dans l’ancien couvent du Gesù qui devait être transformé en hôtel.

Une association avait négocié avec le propriétaire le droit aux occupants d’occuper quelque temps l’immeuble jusqu’aux travaux. Avec le temps, le bâtiment s’est dégradé et le nombre d’occupants a fortement augmenté pour atteindre plus de 200 personnes.

La plupart des occupants sont des familles avec enfants, mais il y a aussi des femmes et des hommes seuls, des personnes âgées, des invalides. Certains n’ont pas de papiers, pas de revenus. D’autres ont des papiers mais sont sans emploi et n’ont pas accès aux aides sociales.