Petits Riens, grands effets: le cœur battant de la mode

Des couvertures qui deviennent des manteaux réversibles pour enfants avec Max et Lola, des cassettes VHS recyclées en meubles TV confrontant l’ancien et le nouveau (« Anachronisme » d’Ognev Vlaminck), un thermos se transformant en pied de lampe par la grâce de Nicolas Destino… Comme chaque année, les créateurs au cœur généreux associés pour un soir (et plusieurs mois de travail en amont) aux Petits Riens ont puisé dans le trésor des 7.000 tonnes d’objets et de vêtements triés par l’organisation d’aide aux démunis pour les customiser avec talent.

Une édition très réussie

De l’avis unanime, cette 11e édition du défilé annuel de l’ASBL fondée en 1937 par l’abbé Froidure était une vraie réussite tant sur le plan artistique qu’organisationnel. Cette année, la styliste issue de La Cambre Gioia Seghers, lauréate de plusieurs prix (dont celui de La Libre Essentielle, Ra Paris, Dior et le Weekend Fashion Award), exposait dans l’entrée de la vaste salle de Tour et Taxis quelques silhouettes puisées dans les monceaux de nippes récoltés par le centre de tri des Petits Riens. Autour du podium, des tringles mettaient en vente pour trois fois rien quelques pièces de seconde main bien choisies.

Le show en lui-même n’avait rien à envier aux plus grands, orchestré de main de maître comme chaque année par Guillaume Joveneau, avec cette fois la complicité du groupe électro belge Soldout qui rythmait les pas des mannequins bénévoles en live. Les stylistes ont assuré le reste, pour un défilé alliant la classe princière des silhouettes noir et kaki d’Edouard Vermeulen pour Natan aux créations bigarrées d’inspiration streetwear du jeune Tom Van Der Borght, le fils naturel de Walter Van Beirendonck, dont les couleurs vives et osées séduisent de Londres à Panama.

Natan - Photo Jorge Luis Alvarez Pupo
Natan - Photo Jorge Luis Alvarez Pupo
Tom Van Der Borght - Photo Jorge Luis Alvarez Pupo
Tom Van Der Borght - Photo Jorge Luis Alvarez Pupo

La vente aux enchères était elle aussi plus animée que les années précédentes, avec le concours de la pétillante Camille de Foresta, commissaire-priseur de Sotheby’s qui organisait une vente à main levée de quelques pièces maîtresses choisies par les stylistes : «  Cinquante euros, qui dit mieux ? C’est votre dernier mot ? Mais enfin ça vaut plus, regardez le travail. Trois cents euros contre vous. Que faites-vous monsieur, vous vous couchez  ? » La vente traditionnelle au tableau succédait au marteau, avec des créations très prisées atteignant jusqu’à 1.200 euros (le sublime « Lustre Butterfly» de la designer de Waste’Up Stéphanie Gosuin).

La vente aux enchères par Sotheby’s - Photo Jorge Luis Alvarez Pupo
La vente aux enchères par Sotheby’s - Photo Jorge Luis Alvarez Pupo

Des gazons aux catwalks

«  Je suis vraiment heureux de participer pour la troisième fois à ce défilé caritatif, pour moi ce n’est pas une question de reconnaissance, je pense que j’ai eu beaucoup de chance dans la vie, mais c’est la moindre des choses de soutenir une association comme les Petits Riens et surtout les personnes auxquelles elle fait du bien  », s’enthousiasme backstage Elvis Pompilio qui s’apprête à faire défiler l’équipe nationale belge de hockey. «  En plus d’être très bons, ils sont très beaux, nos hockeyeurs  », s’amuse le créateur de ces capes ceinturées ou non dévoilant les cuisses des garçons en caleçon.

Elvis Pompilio - Photo Jorge Luis Alvarez Pupo
Elvis Pompilio - Photo Jorge Luis Alvarez Pupo

Six Red Panthers et trois Red Lions ont joué les mannequins d’un soir pour le styliste et chapelier belge. Sticks en main, aussi à l’aise sur le catwalk que sur les gazons du monde entier, nos hockeyeurs portaient des capes et des bérets de cuir leur donnant l’allure d’arpenteurs des landes celtiques.

Des enchères moins généreuses que l’an dernier

«  J’espère que cette année, la vente rapportera davantage que l’an dernier, tempère cependant Elvis Pomplio, on n’est pas ici pour faire des affaires mais pour les dons qu’on espère généreux ». Las, le vœu du créateur backstage n’a pas été exaucé : l’an dernier, le total des enchères culminait à 25.450 euros, contre 18.350 pour cette année. Une de ses capes s’est pourtant envolée à 500 euros, soit de quoi aider dix familles de quatre personnes à s’approvisionner dans l’épicerie sociale des Petits Riens ou encore accueillir et nourrir dix sans-abri pendant 24h (ou un sans-abri pendant dix jours...).

Les petits ruisseaux font les grandes rivières. Comme le chante Gainsbourg, « rien c’est déjà beaucoup ». La chanson était d’ailleurs choisie par le directeur général des Petits Riens, Julien Coppens, pour introduire son discours rappelant que la mission première de l’ASBL n’est pas d’organiser des défilés… Au-delà du glamour et des paillettes d’un soir, l’ASBL ne fait pas que remettre le vintage et la récup au goût du jour. Les bénéfices de la soirée aident toute l’année à combattre la pauvreté et l’exclusion. Une mission de plus en plus actuelle quand on regarde les chiffres : aujourd’hui en Belgique, plus d’une personne sur six vit sous le seuil de pauvreté. Grâce aux dons d’un soir, l’entreprise au service de la solidarité s’emploiera à poursuivre son travail essentiel, allant de l’accueil à l’écoute en passant par le logement, la réinsertion professionnelle, les soins de santé, l’alimentation et, bien sûr, l’habillement.