Facebook débourse 19 milliards pour WhatsApp: les investisseurs craignent une «bulle»

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Facebook a annoncé mercredi la plus grosse acquisition de son histoire et mis sur la table l’énorme somme de 19 milliards de dollarspour l’application de messagerie mobile WhatsApp.

Ce rapprochement «nous permettra, par de nouveaux services mobiles accrocheurs, de connecter encore plus de gens dans le monde» et «aidera à renforcer les deux services», a affirmé le PDG fondateur du premier réseau social mondial, Mark Zuckerberg, en présentant l’opération aux analystes.

Facebook va payer 4 milliards de dollars en numéraire et 12 milliards en actions pour acheter cette application populaire et en forte croissance. Le groupe californien avait déboursé 700 millions de dollars pour sa précédente acquisition, Instagram, en 2012.

Investisseurs pas convaincus

Les 3 milliards restants seront des primes en actions Facebook versées aux fondateurs et aux salariés de WhatsApp sur les quatre années suivant le bouclage de l’opération, prévu cette année. Le patron fondateur Jan Koum entrera aussi au conseil d’administration du réseau. Si l’opération échoue, WhatsApp touchera 2 milliards de dollars d’indemnités.

«La taille de la transaction est vraiment imposante, et cela va faire parler d’une bulle», réagit Greg Sterling, analyste chez Opus Research, soulignant que Facebook prenait un risque car «dans les médias sociaux, il y a le truc à la mode et, l’année suivante, ça peut être une autre application».

A la bourse de New York, l’action Facebook perdait d’ailleurs 2,57% à 66,31 dollars vers 00h30 GMT dans les échanges électroniques suivant la clôture.

Tout a commencé autour d’un café

La relation entre le patron et fondateur de Facebook et celui de WhatsApp, Jan Koum, a commencé début 2012 autour d’un café dans une boulangerie de Los Altos, en Californie. Selon l’agence Bloomberg, les deux hommes ont alors passé plus de deux heures à discuter. Par la suite, les deux hommes sont devenus amis et se sont fréquemment retrouvés pour des soupers ou des randonnées.

C’est seulement le 9 février dernier que la question d’un rapprochement entre Facebook et WhatsApp est devenue sérieuse. Jan Koum est allé souper chez Marck Zuckerberg à Palo Alto. Les deux hommes ont notamment évoqué «Internet.org», le projet de Mark Zuckerberg pour connecter l’ensemble de la planète à Internet.

Après quelques jours de réflexion, le 14 février, Jan Koum a accepté le principe et a commencé de négocier un prix.

1 million d’utilisateurs en plus par jour

«WhatsApp est en passe de connecter un milliard de personnes. Les services qui atteignent ce niveau ont tous une valeur incroyable», répond Mark Zuckerberg, qui vante «un produit d’extrêmement haute qualité» et «un réseau de communication très important», très populaire notamment en Europe ou en Amérique latine.

«Sur la durée, les gens paieront pour cela», prédit-il. Le directeur financier, David Ebersman, a rappelé que WhatsApp avait commencé à introduire des abonnements payants dans certains pays, même si «optimiser les revenus n’est pas la priorité à court terme» pour l’application qui veut avant tout élargir son réseau.

A presque cinq ans, WhatsApp peut déjà revendiquer plus de 450 millions d’utilisateurs mensuels dans le monde, et en gagne un million de plus chaque jour selon Facebook, qui affirme qu’il envoie un nombre de messages «proche du volume entier des SMS des opérateurs télécoms mondiaux».

L’acquisition la plus coûteuse de Facebook, qui vient de fêter son dixième anniversaire, était jusqu’ici l’application de partage de photos Instagram, payée 715 millions de dollars en 2012.

Facebook a peur de perdre les adolescents

Le réseau social compte avoir la même approche avec WhatsApp qu’avec Instagram: l’application conservera sa marque et continuera de fonctionner indépendamment, et en parallèle à l’application de messagerie existante de Facebook.

Pour Greg Sterling, l’opération résulte de «la frustration de Facebook de ne pas pouvoir acheter Snapchat», une autre application populaire actuellement, spécialisée dans les messages éphémères, qui aurait selon la presse refusé une offre à 3 milliards de dollars du réseau social. Facebook a en outre «vraiment besoin de véhicules pour attirer les utilisateurs les plus jeunes, et Instagram ne va pas faire cela tout seul».

Même s’il reste le roi des réseaux sociaux, Facebook est confronté depuis quelques trimestres à des craintes de lassitude dans le public adolescent, séduit par de jeunes rivaux comme Snapchat justement.

«C’est tentant de voir ceci comme un signe que Facebook a peur de perdre les adolescents. Et oui, l’entreprise doit travailler dur pour conserver l’attachement des jeunes. Mais la réalité, c’est que Facebook travaille dur pour maintenir l’engagement de tous ses utilisateurs, quel que soit leur âge», nuance Nate Elliott, un analyste du cabinet de recherche Forrester.

Les dirigeants de Facebook ont eux aussi assuré mercredi que WhatsApp avait «une bonne pénétration dans toutes les tranches d’âges». C’est aussi «la seule application largement utilisée qui a un engagement et un taux d’utilisateurs quotidiens plus élevés que Facebook lui-même», a relevé Mark Zuckerberg: ce taux est de 70% pour WhatsApp, contre 61,5% fin décembre pour Facebook.