Le blues des syndics professionnels

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L es propriétaires, aujourd’hui, font leur shopping sur le marché des syndics. Ils se disent qu’il n’y a pas de bon syndic, et qu’il faut trouver “le moins mauvais”. » Par ces quelques mots bien pesés, Philippe Pierson assure traduire le malaise qui touche sa profession. À la tête de la société Gestimass, spécialisée dans les services de syndics d’immeubles à Bruxelles, il a vu les copropriétaires devenir au fil des ans de plus en plus exigeants, et les responsabilités du syndic s’alourdir. « On nous demande d’être au top dans plein de domaines : on doit user de psychologie, on doit connaître des tonnes de réglementations… C’est très bien de vouloir professionnaliser le métier, mais du coup, on ne peut plus l’exercer seul. »

Professionnaliser le métier, c’était bien l’un des objectifs de la loi du 2 juin 2010. Cette dernière est venue moderniser le fonctionnement des copropriétés et accroître la transparence de leur gestion. Deux ans plus tard, le 12 juillet 2012, un autre texte fixait un plan comptable minimum normalisé pour les associations de copropriétaires. « La mise en œuvre de ces deux lois a profondément modifié la manière de travailler des syndics, et les a obligés à consentir des investissements importants, tant en matière de ressources humaines qu’en matière de changement ou d’adaptation des logiciels de gestion et de comptabilité », peut-on lire dans l’un des derniers numéros du Syndic info, la revue mensuelle de l’Association belge des syndics et administrateurs de biens. De l’avis des syndics que nous avons rencontrés, la profession souffre d’un problème de rentabilité. « Je prétends que nos honoraires sont 20 % trop bas, soutient Philippe Pierson. Il est très difficile de recruter dans notre métier. Quand vous allez dans les écoles qui forment les agents immobiliers, neuf étudiants sur dix veulent faire du courtage. Un seul veut devenir syndic… »

Alors, surchargés, mal payés et mal considérés, les syndics ? Nous avons mené l’enquête au sein de cette profession un peu particulière : alors qu’ils ne sont qu’environ 1.500 à l’exercer à temps plein en étant agréés par l’Institut professionnel des agents immobiliers (IPI), la plupart des syndics sont des non-professionnels. Entendez des copropriétaires qui s’occupent bénévolement et sans formation de la gestion de l’immeuble dans lequel ils vivent, ce dernier ne comptant souvent que quelques appartements (90 % des copropriétés, chez nous, comptent moins de dix appartements). Pourtant, ces syndics non professionnels sont soumis depuis 2010 aux mêmes obligations que leurs confrères professionnels. Comment assurer leur formation, et éviter les erreurs de gestion ? Se dirige-t-on vers une pénurie de syndics quand on sait que l’avenir est à l’habitat collectif ?