L’innopreneuriat pour retrouver la croissance

«
Notre but est de recréer une culture de l'innovation comme dans une start-up
», explique Patrick Crasson, fondateur de BeNovate.
« Notre but est de recréer une culture de l'innovation comme dans une start-up », explique Patrick Crasson, fondateur de BeNovate. - D.R.

Intel, Microsoft, Google… tous ces géants technologiques ont compris depuis longtemps l’intérêt de cultiver leurs propres viviers de start-up, dans une démarche d’innovation ouverte. Que ce soit à travers des Microsoft Innovation Centers, des Google Campus ou des Intel Incubators.

Le but n’est pas uniquement de faire des start-up de futurs clients potentiels, mais surtout d’avoir accès à de la matière grise, éventuellement par le biais d’une prise de participation.

Ce phénomène de fertilisation croisée entre les belles plantes bien enracinées et les jeunes pousses encore fragiles fait de plus en plus d’émules.

En Europe, des opérateurs télécoms comme Orange et Telefonica ont investi dans leurs propres incubateurs. A Londres, le géant de la grande distribution Tesco est le parrain d’un centre de coworking. Les cadres de l’entreprise viennent régulièrement y côtoyer de jeunes génies de l’informatique et du web pour creuser de nouvelles tendances. Comme si chez nous, un Delhaize ouvrait un « accélérateur ».

Patrick Crasson, ex-directeur de Sun Microsystems reconverti dans le coaching et soutien aux entrepreneurs, croit beaucoup dans ce rapprochement entre petits et grands. Avec sept autres entrepreneurs chevronnés (dont Etienne Blomme, cofondateur de Telenet), il a créé une entreprise de conseil, BeNovate, qui veut faciliter ce qu’il appelle « l’innopreneuriat ». Un concept assez proche de l’intrapreneuriat. «  Nous aidons à structurer l’innovation en rapprochant entreprises établies, start-up et investisseurs. Trop de belles entreprises sont écrasées par des logiques de gouvernance trop lourdes, par un manque de leadership, ou sont confrontées à des structures, syndicales notamment, qui ne permettent plus l’innovation. Nous voulons les aider à magnifier leur passé, » explique Patrick Crasson, qui a installé BeNovate sur une ancienne friche sidérurgique joliment reconvertie en incubateur high-tech, sur le Technoport de Esch-sur-Alzette au Grand-Duché (à côté de la Rockhal). Il nous dit avoir craqué pour le site, davantage que pour le cadre fiscal avantageux du Luxembourg.

Concrètement, BeNovate réunit l’entreprise établie et la start-up autour d’un projet et d’un objectif bien délimité. « L’objectif est que le nouveau concept soit en marche en moins d’un an. Après 3 mois, nous réunissons un comité de sélection qui décide d’abandonner ou d’amplifier le projet en y investissant le cas échéant des moyens financiers, » explique Patrick Crasson. L’avantage pour la start-up ? Décrocher une belle source de revenus et apprendre du « grand », sans pour autant perdre son âme.

Vu le caractère innovant des projets, la discrétion est de mise. La seule exception concerne un projet mené pour Test-Achats : BeNovate a rapproché l’association de défense des consommateurs d’une dizaine de start-ups spécialisées dans l’audiovisuel et la diffusion web (notamment la française Eye Do), pour lancer InvestTV, une chaîne de TV sur le web dédiée aux conseils financiers. Test Achats espère ainsi générer à terme une nouvelle source de revenus « pay per view », en plus de ses abonnements traditionnels.