Le grand défi de l’alimentation durable

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De plus en plus de consommateurs s’interrogent sur les denrées qu’ils achètent pour concocter leurs repas familiaux. Ne mange-t-on pas trop gras et trop sucré ? Ne force-t-on pas la viande au détriment d’une assiette équilibrée ? Est-il sensé de se fournir en fruits et en légumes du bout du monde, alors qu’on en produit de tout aussi bons ici ? Toutes ces interrogations pertinentes auxquels il est peu aisé de trouver des réponses applicables à son quotidien, ont poussé Inter-Environnement Wallonie et Espace Environnement à lancer une initiative originale.

Baptisée « Défi alimentation durable », elle consiste pour douze ménages namurois volontaires à tester et apprendre les grands principes d’une nutrition meilleure pour la santé, plus respectueuse de la planète et des producteurs locaux, le tout en dopant la convivialité avec ses proches et sans se ruiner. Concrètement, les participants vont se frotter dès ce jeudi et jusqu’en novembre – soit durant six bons mois – à une dizaine de défis aussi ludiques que riches en enseignements, comme réaliser des smoothies de fruits frais, maîtriser les techniques de conservation des aliments ou démarrer un potager chez soi. Pour cela, ils seront encadrés par des coachs. Leur parcours sera suivi de près par Le Soir.

«  Via ces douze ménages-pilotes, nous voulons montrer à l’ensemble des citoyens que l’alimentation durable, on peut la concrétiser, sans fragiliser son budget, grâce à une série d’astuces concrètes, explique Valérie Xhonneux, chargée de mission à Inter-Environnement Wallonie. Nous souhaitons aussi identifier les freins auxquels sont confrontés les candidats à l’alimentation durable et qui ne dépendent pas d’eux.  » À l’issue du défi, les organisateurs feront remonter des recommandations aux acteurs institutionnels afin que l’alimentation durable devienne accessible au plus grand nombre.

Santé

Moins de viande, plus de fibres

Le premier des cinq grands principes de l’alimentation durable, est de préserver sa santé et d’assurer son bien-être physique en veillant à l’équilibre de son assiette. «  Pour cela, il faut consommer plus de fruits et de légumes, détaille Valérie Xhonneux d’Inter-Environnement Wallonie. Il s’agit également de consommer davantage de légumineuses, comme les lentilles, bonnes sources de protéines, afin de réduire les apports en protéines animales.  » La consommation excessive de viande rouge peut en effet déboucher à long terme sur des problèmes cardio-vasculaires. Quant à la charcuterie et aux préparations en sauce comme le sacro-saint américain, elles contiennent trop de graisses, nuisibles elles aussi à l’organisme lorsqu’elles sont solidement ancrées dans les habitudes alimentaires. L’alimentation durable cible aussi les boissons avec cette recommandation : réduire les sodas sucrés pour éviter de basculer dans le surpoids et privilégier l’eau du robinet, saine pour le corps et pour la planète, la déclinaison minérale générant beaucoup de déchets plastiques

Prix

S’épargner les coûts de la production industrielle

L’alimentation durable est-elle hors de prix ? «  Non, elle ne coûte pas plus cher que celle vendue en grande distribution car elle prône les achats en filière courte, ce qui réduit le nombre d’intervenants et donc la marge qu’ils se prennent, insiste Valérie Xhonneux d’Inter-Environnement Wallonie. De plus, il arrive, comme nous l’avons déjà constaté, que des produits industriels, tels que des yaourts, soient vendus le double du prix de leurs homologues bio réalisés par des artisans. En effet, les grandes marques répercutent les coûts en publicité sur les consommateurs. » Autre argument financier plaidant en faveur de l’alimentation durable : elle épargne aux consommateurs de payer le prix de la malbouffe. D’une part, il s’agit des coûts en soins de santé nécessaires pour parer aux ravages des graisses, sucres et sel excédentaires. D’autre part, ce sont les dépenses induites par la pollution liée à la production industrielle.

Local

De l’équité pour les producteurs d’ici

Quatrième pilier de l’alimentation durable : privilégier la filière courte et donc s’approvisionner auprès de producteurs locaux. «  On parle beaucoup de l’achat de produits équitables pour les travailleurs du Sud. Il ne faut pas oublier ceux du Nord, souligne Inter-Environnement Wallonie. Il faut assurer des prix justes pour les producteurs d’ici. Nos agriculteurs ne parviennent plus à vivre de leurs récoltes. Il s’agit de recréer du lien entre eux et les consommateurs et responsabiliser ces derniers à l’activité agricole locale. Il en résulte peut-être des prix plus élevés mais avec la certitude que le producteur puisse vivre. C’est une question d’honnêteté par rapport à soi-même : nous sommes tous demandeurs d’être payés de façon équitable. Alors, pourquoi en priver ceux qui nous fournissent une alimentation de qualité ? De plus, les laisser disparaître, c’est courir le risque de dépendre de producteurs d’autres pays qui pourront nous imposer leurs conditions.  »

Plaisir

La convivialité retrouvée

L’alimentation durable vise enfin à améliorer le vivre ensemble en misant sur la convivialité. Il s’agit notamment de redonner au repas familial sa dimension de plaisir et de partage à une époque où chaque membre de la tribu tend à manger dans son petit coin, devant son écran. «  Dîner ensemble permet de retisser les liens familiaux, estime Inter-Environnement Wallonie qui voit là une opportunité pour accroître la qualité de vie des petits et des grands. Cette convivialité passe par la participation des enfants à la préparation du repas.  » Plus généralement, l’alimentation durable mise sur le partage d’expériences et sur l’entraide entre consommateurs. De quoi réinjecter de l’humanité dans une société qui en a bien besoin.

Environnement

Réduire la pollution atmosphérique et les déchets

Manger frais, local et de saison garantit un apport optimal en vitamines et en nutriments, rappelle Inter-Environnement Wallonie. De plus, c’est un moyen de réduire sa consommation de produits transformés, trop riches en sucre et en sel. Mais cette démarche a aussi un impact bénéfique sur l’environnement car elle contribue à diminuer la pollution induite par les transports de fruits et légumes par avions et par la culture en serre (sur)chauffées. L’alimentation durable se veut également respectueuse en prônant la réduction des déchets. Il s’agit pour cela de diminuer les emballages, accommoder les restes et mieux conserver les denrées. Autre réflexe à adopter pour moins jeter : manger certaines épluchures. Par exemple, celles de carottes et de pommes de terre sont parfaitement comestibles. Alors pourquoi devraient-elles gonfler les sacs-poubelles ?