Des «initiés» appellent à un nouveau souffle européen

© Pierre-Yves Thienpont.
© Pierre-Yves Thienpont.

Ils sont entre dix et quinze hommes et femmes. Ils occupent des postes influents dans des institutions européennes ou des diplomaties nationales, ou travaillent dans un institut d’études ou une entreprise.

Pendant des mois, ils se sont réunis pour rencontrer des personnalités européennes ou des experts. Puis, inquiets de la tournure prise par les affaires européennes et par la montée de partis prônant les replis identitaires, ils se sont dit «  qu’il fallait faire quelque chose de plus concret  ». Et se sont mis au travail.

Cela a débouché sur Euro2030 : une liste de «  50 propositions pour changer l’Europe  », lancée ce lundi dans quelques médias. «  Si l’euro est devenu le principal pilier de l’identité européenne, les modes de prise de décision ne sont plus en phase avec cette attente. Il faut repenser le contrat social européen  ».

Les auteurs de cet appel sont anonymes, car tenus par un devoir de réserve ; mais Le Soir a été en contact avec l’un des animateurs du groupe – appelons-le « A », dont nous connaissons l’identité. L’initiative d’Euro2030 se situe dans le prolongement de deux initiatives antérieures : celle du groupe Glienicker, des économistes allemands, qui a appelé en octobre 2013 à la création d’une Union de l’euro, et celle du groupe français Eiffel qui a publié un manifeste pour une « Communauté politique de l’euro » en février dernier. « Notre spécificité par rapport à ces deux initiatives, explique A, est que nous apportons une expertise de l’intérieur des institutions européennes  ». Des eurocrates, donc ? «  Nous revendiquons ce statut. Mais on dit justement que l’Europe eurocratique doit être renforcée par une dimension citoyenne beaucoup plus forte ».

«  L’Europe, écrivent les auteurs, souffre de l’entre-deux dans lequel elle est maintenue entre ceux qui voient en l’Europe un grand marché et ceux pour qui elle est avant tout un projet politique… » Comment sortir de cet entre-deux ? «  Nous prônons une clarification entre ceux qui veulent appartenir à la zone euro et les autres  », explique A.

Du concret

Les 50 propositions, la plupart extrêmement concrètes et opérationnelles, vont dans le sens d’une union politique beaucoup plus forte et beaucoup plus visible. La Commission européenne deviendrait un véritable exécutif, et le Conseil de l’UE une chambre haute. Le président de la Commission, élu de préférence par suffrage universel, serait l’équivalent d’un Premier ministre, tandis que le Président du Conseil deviendrait le Président de l’UE, à la manière d’un chef d’Etat, «  avec un rôle d’autorité morale et de garant du respect des valeurs communes. »

Mais il n’y a pas que de l’institutionnel. L’une des propositions utiles au citoyen est celle d’un « contrat de travail européen », qui «  présenterait des avantages en termes de mobilité et de pension, et permettrait de créer un ancrage pour une assurance-chômage européenne  », selon A.

«  On sait bien que, politiquement, nos propositions sont irréalisables demain matin, poursuit notre interlocuteur, qui a été le proche conseiller d’un chef de gouvernement extrêmement influent de la zone euro. Cela n’arrivera jamais ? Mais il faudra bien entamer les discussions. Pour l’instant, il n’y a pas à l’intérieur des institutions de débat sur l’avenir. Or il faut trouver quelque chose qui puisse être à la hauteur du projet européen : améliorer la démocratie, la politisation et la médiatisation de la vie européenne. »