Une molécule miracle retarde l’effet du vieillissement

La metformine apporte de l’oxygène aux mitochondries, cellules qui sont de véritables petites centrales d’énergie. © D.R.
La metformine apporte de l’oxygène aux mitochondries, cellules qui sont de véritables petites centrales d’énergie. © D.R. - D.R.

A-t-on trouvé le Graal de l’élixir de jouvence ? Certains éléments le laissent à penser à la découverte des résultats d’une équipe de scientifiques de Louvain et de Gand publiés dans la dernière édition de la revue de référence PNAS. Ils dévoilent en effet comment une molécule que l’on peut prendre aisément par voie orale peut prolonger la vie en bonne santé. Le plus étonnant est que cette molécule est la metformine, le médicament le plus utilisé dans le monde pour lutter contre le diabète de type II, le diabète « acquis », généralement lié à un surpoids. Utilisée par des dizaines de millions de patients sans effets secondaires majeurs, « génériquée » à très bas prix, elle pourrait constituer un outil extrêmement simple d’utilisation et d’accès pour diminuer l’impact du vieillissement sur l’organisme. Jusqu’à quel point ? Les scientifiques poursuivent leurs recherches pour le savoir. Mais ils mettent surtout en garde contre l’emploi d’antioxydants, qui pourraient entraver la réaction de résistance naturelle de la cellule contre l’agression.

Les chercheurs du département de neurobiologie et de physiologie animale de la KUL ont constaté que la metformine augmentait les taux de dérivés réactifs de l’oxygène, des composés a priori nuisibles pour les mitochondries, des cellules qui sont de véritables petites centrales d’énergie pour notre organisme. Ces dérivés réactifs, parmi lesquels on trouve l’anion superoxyde, de l’oxygène singulet, du peroxyde d’hydrogène H2O2, ou encore de l’ozone (O3), peuvent endommager les protéines et l’ADN des cellules. « Mais nous avons découvert que tant que la quantité de ces variétés d’oxygène n’est pas excessive, elles produisent un effet positif, car les cellules les absorbent avant qu’elles n’aient le temps d’être nocives. De ce fait, les cellules deviennent plus fortes et leur durée de vie en bonne santé est prolongée », explique le professeur Liliane Schoofs, de la KUL. Il s’agit donc d’un mécanisme proche de la vaccination. « On a longtemps pensé que ces dérivés réactifs de l’oxygène induisent le vieillissement. Les industries cosmétiques et alimentaires ont multiplié les offres de produits qui contiennent des antioxydants, des produits qui luttent contre l’oxygène, comme des crèmes pour la peau, mais aussi des jus de fruits, du vin rouge et du chocolat noir. Effectivement, les antioxydants neutralisent ces dérivés réactifs. Mais il n’est pas correct de croire qu’ils retardent le vieillissement, puisqu’en fait ils bloquent l’effet de prolongation de la vie induite par le contact avec ces dérivés actifs. »

Les scientifiques ont mis en évidence les voies de signalisation moléculaires par lesquelles cette protection progresse. L’effet de la metformine semble être comparable, même au niveau microscopique, à l’effet des restrictions alimentaires… mais sans en avoir les effets secondaires désagréables, comme celui de la sensation de faim. Pour en vérifier l’effet in vivo, les chercheurs ont ensuite testé la metformine sur des vers minuscules, des Caenorhabditis elegans, dont toute la vie se déroule en 3 semaines. Quand le ver vieillit, il diminue de taille, se plisse et est moins mobile. Les vers traités avec de la metformine ne rétrécissent pas et n’affichent aucun pli. Non seulement le ver vit plus longtemps, mais il vit plus longtemps en bonne santé. Précisément ce que cherchent tous les scientifiques en quête d’une solution contre les ravages de l’âge…