Les rouges-gorges déboussolés par les ondes électromagnétiques

Dès 2004, Henrik Mouritsen, éthologue allemand, observe que les rouges-gorges ne parviennent plus à s’orienter lorsqu’ils passent à proximité du campus universitaire d’Oldenbourg. Quelque chose perturbe leur boussole interne. Le chercheur suspecte alors un effet des ondes électromagnétiques.

C’est ainsi que durant 7 ans, avec son équipe, il répète des expériences sur le rouge-gorge familier (Erithacus rubecula), afin de démontrer l’influence des basses fréquences électromagnétiques sur la navigation interne de ces passereaux. Ce sont des migrateurs partiels. Autrement dit, certaines populations sont sédentaires alors que d’autres migrent vers le Sud pour passer l’hiver. Le départ au soleil se fait au début de l’automne. C’est ce moment que les scientifiques choisissent pour enfermer les oiseaux dans des cages grillagées placées dans des cabanes en bois, et pour observer leur comportement. L’expérience confirme leur crainte : de nombreux volatiles ne parviennent pas à s’orienter dans leur direction migratoire.

Pour vérifier l’hypothèse électromagnétique, ils recouvrent alors les cabanes, d’aluminium, et les relient à la terre. Ce blindage atténue de deux ordres de grandeur le bruit électromagnétique, mais pas le champ magnétique terrestre. « L’effet observé sur les facultés d’orientation des oiseaux a été spectaculaire : avec les écrans d’aluminium en place, les oiseaux (précédemment déboussolés) trouvaient leur route migratoire normale », explique Pr Mouritsen.

Les ondes perturbent donc le système sensoriel de navigation interne du rouge-gorge. Néanmoins, toutes les fréquences du spectre électromagnétique ne sont pas concernées. En effet, le blindage retenait les ondes de fréquences comprises entre 50 kHz et 5 MHz. C’est-à-dire spécifiquement les ondes radioélectriques : les signaux radio AM et ceux issus de l’utilisation d’appareils électriques. Selon les auteurs, ce sont les champs de basse fréquence qui perturbent les oiseaux. A titre de comparaison, les fréquences des ondes GSM sont bien plus élevées – elles se situent entre 900 et 1800 MHz –, et sont de l’ordre du GHz - soit 100000000Hz- pour le Wi-Fi.

Afin d’apporter une garantie supplémentaire à leurs résultats, les auteurs ont comparé le comportement de rouges-gorges évoluant en milieu urbain avec celui de congénères vivant quelques km plus loin, dans une campagne peu peuplée. Alors que la boussole interne des premiers était perturbée, celle des seconds ne montrait pas d’anomalie.

Partout, les oiseaux migrateurs sont en déclin

André Burnel bague des oiseaux depuis de nombreuses années. Il est ornithologue chez AVES et constate une forte diminution du nombre de migrateurs diurnes. « Par exemple, aux Awirs, près de l’aéroport de Liège, je n’ai bagué que 32 linottes mélodieuses en 2014. Il y a quelques années, au même endroit, j’en baguais entre 400 et 800 par an ! ».

La linotte mélodieuse. © D.R.
La linotte mélodieuse. © D.R.

Ce constat n’étonne pas Dr René-Marie Lafontaine, chercheur en biologie de la conservation à l’Institut royal des sciences naturelles de Belgique. « Globalement, il y a une diminution importante de toutes les espèces d’oiseaux en Europe. Les raisons sont multiples et toutes sont liées aux activités humaines. Les oiseaux des champs sont les plus touchés, on constate ainsi une diminution des populations de l’ordre de 30-40 % en 30 ans. Les ondes électromagnétiques sont soupçonnées de perturber le système de navigation des oiseaux. Mais est-ce que ce facteur explique à lui seul le déclin des migrateurs ? Je ne pense pas. La destruction de l’habitat est le facteur numéro 1. Aussi dans le cas du rouge-gorge, l’impact des pesticides, consommés via les insectes, est certainement très important. Cela n’empêche que l’étude montre clairement que des animaux sont sensibles aux ondes électromagnétiques d’origine anthropique. Et ça, c’est intéressant. ».