Reportage au Delhaize de Wavre: «Un choc, mais une demi-surprise»

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Ils sont dignes. Restent discrets. Dès qu’un client approche du petit groupe d’employés du magasin qui se sont rassemblés pour évoquer « la terrible nouvelle », ils s’éparpillent. Ils répondent aux questions des clients comme si de rien n’était. Et pourtant…

A Wavre, les travailleurs sont choqués par l’annonce du plan de restructuration – « la direction ose parle d’un plan de transformation mais il faut appeler un chat un chat ». Mais Didier, Hervé, Régis et les autres sont à moitié surpris seulement. D’abord, parce que la rumeur courait depuis belle lurette. « Cela fait deux ans que l’on sait que les affaires tournent un peu moins bien. Mais l’ampleur de l’annonce nous choque. Hier soir, on s’attendait à ce que 700 personnes soient visées. Aujourd’hui, on parle de 2.500 personnes. C’est dramatique », nous dit Régis, 39 ans de carrière…

« Les questions salariales ne sont pas tout »

Autour de nous, les employés viennent spontanément apporter leur commentaire, manifester leur colère, leur rage rentrée. Et, très vite, les questions salariales viennent sur le tapis. « C’est vrai, il ne faut pas s’en cacher. Les salaires, en moyenne, sont plus élevés que ceux de la concurrence chez Delhaize. Mais à l’image de ce que Delhaize essaye de véhiculer comme image, nous sommes conscients que nous sommes les meilleurs relais sur le terrain de cette volonté de qualité. Le service, c’est quelque chose qui compte, pour nous. Cela se paie… », nous dit cet employé qui tient à garder l’anonymat. « Delhaize est le seul employeur qui paie encore les pauses », poursuit un autre employé. « On pourrait aussi parler des compensations dans les autres grands magasins, ceci dit », rétorque un autre. « Le salaire recouvre des réalités tellement différentes que, tout compte tenu, je ne suis pas certain que nous soyons au-delà de la moyenne. »

Pour les employés du magasin de Wavre, les questions salariales ne sont pas tout. « Les investissements technologiques de ces deux dernières années, notamment via le web, n’ont pas été très heureux, ici comme à Wezembeeck, et cela nous a valu la perte de quelques clients », raconte Hervé, le syndicaliste maison. « Mais ce qui me fait le plus enrager, c’est que la direction n’évoque pas les cadres dans le plan de restructuration. Chez Delhaize, il y a un cadre pour 13 employés ! Et ces cadres ne descendent que très rarement sur le terrain. Ils ne peuvent donc pas se rendre compte sur le terrain des effets de leurs décisions. » Didier, chef du rayon boucherie, acquiesce : « Il faudrait qu’ils viennent, pour comprendre qu’une promotion lancée un vendredi à la veille d’un week-end très ensoleillé doit s’accompagner d’une gestion intelligente des stocks. Ce n’est malheureusement pas toujours le cas. Et moi, je dois dire au client que je n’ai pas la marchandise promise… Cela a un effet désastreux sur la clientèle. »

Que vont-ils faire maintenant ? « Nous attendons la fin des réunions au sommet. La majorité des employés du magasin souhaite marquer le coup directement et partir en grève… Mais nous attendons. Je vous appelle », nous dit Hervé, déterminé…