Ces très utiles Chroniques de l’inutile

Benjamin Sauzereau travaille à un album pour ses Chroniques. Et à des autres avec Heptatomic, Blue Monday et Book of Air. Riche vie musicale. © Silvano Magnone.
Benjamin Sauzereau travaille à un album pour ses Chroniques. Et à des autres avec Heptatomic, Blue Monday et Book of Air. Riche vie musicale. © Silvano Magnone.

jazz

entretien

Vingt-cinq ans déjà que Jette propose sa journée jazz autour du début de l’été. Ce 20 juin, il y aura des groupes de diverses tendances jazz, dont L’âme des poètes, le trio Vaiana-Degryse-Rassinfosse qui fait des chansons françaises des standards. Et les Chroniques de l’inutile, dont le leader est le guitariste français de Bruxelles Benjamin Sauzereau.

Depuis son arrivée chez nous en 2006, Benjamin Sauzereau n’a cessé de créer ou de participer à des tas de groupes. La Cigarette sans cravate, Burno, Muse t’inquiète, Chien à trois pattes, Les paradis perdus, Octet Red, Blue Monday People, Mount Meru, Heptatomic et les fameuses Chroniques de l’inutile, on a dû en oublier un ou l’autre. Nous avons rencontré le Français à la terrasse bien bruxelloise du Metteko, boulevard Anspach.

Pourquoi être venu à Bruxelles ?

Je suis venu faire le Conservatoire. J’avais fait le choix de la musique et je voulais la faire dans une ville. J’ai passé l’examen d’entrée de celui de Bruxelles.

Et Bruxelles vous plaît ?

Oui, beaucoup. Je n’ai en tout cas pas le projet de retourner en France. La scène est vivante ici, elle se régénère. Il n’y a sans doute pas le dynamisme de New York ou Paris, mais Bruxelles est ouvert, il y a beaucoup de passage, des gens qui arrivent, d’autres qui partent.

Vous avez multiplié les groupes.

C’est que j’ai beaucoup de projets et que je participe à des projets d’autres, comme la pianiste Eve Beuvens avec Heptatomic.

Des groupes aux noms

improbables.

Je ne les trouve pas improbables. Je ne veux pas avoir Benjamin Sauzereau Quartet. Je préfère avec un nom. J’aime les titres des tableaux de Magritte. Il y a donc un dialogue entre le titre du groupe et la musique de jazz, qui est parfois et à tort considérée comme difficile. On se rend compte que pour peu qu’il l’écoute, le public entre facilement dans le jazz. Et le nom du groupe, précisément, c’est pour intriguer l’auditeur, pour qu’il soit à l’affût.

Les titres de vos morceaux sont tout aussi étranges. « Anonchalissons-nous », « L’ampoule et le haricot » et même « Les gens qui rentrent dans le tram sans laisser le temps d’en sortir »

Le dernier, c’est vrai, non ? « Anonchalissons-nous », c’est un morceau doux. Je voulais qu’il fasse du bien aux gens, qu’ils en deviennent nonchalants.

Vous composez les morceaux

des Chroniques. Que voulez-vous dire avec votre musique ?

J’aime beaucoup la chanson. J’aime qu’un morceau soit précis, qu’il ait une essence forte. Et en même temps, qu’il laisse une liberté aux musiciens, que ceux-ci soient libres de le tordre. C’est parfois contradictoire, c’est vrai. Je compose des morceaux qui ne sont pas prétextes à l’improvisation. Mais la façon dont on la joue doit être aussi ouverte que possible. On peut renverser les choses, permuter les fonctions, se permettre de ne pas tout définir. Si on joue dix fois de suite le même morceau, il ne sera jamais joué pareil. C’est un jeu de cartes dont on peut inverser les parties. Mais certains morceaux ne sont parfois que des chansons.

Votre musique est parfois très mélodique. Et parfois très « sons ».

Et la sonorité de votre guitare Yamaha est très reconnaissable.

C’est le son que mes goûts veulent. Le son se sculpte parfois volontairement, parfois involontairement. J’essaie maintenant de le modifier, de l’éclaircir.

A quatre, avec Eric Bribosia, Jens Bouttery et Gregor Siedl, comme à sept, en ajoutant Pierre Bernard, Bogaerts et Heyndels, vous êtes très organiques. Et à trois, comme à Jette ?

L’ambiance Hammond d’Eric Bribosia manquera mais il n’était pas libre. On ne jouera pas certains morceaux où c’est indispensable. Mais notre répertoire est assez grand. Et à trois, dans cette optique organique, le trio est beaucoup plus flexible et réactif.

Benjamin Sauzereau, guitare ; Jens Bouttery, batterie ; Lennart Heyndels, contrebasse ; Le Rayon vert, 32, rue Gustave Van Huynegem à Jette. Vendredi 20, 21 h 30.

Benjamin Sauzereau joue aussi avec Heptatomic au Sounds, à Ixelles, le mardi 24 juin à 22 heures.