Des mini-guêpes pourfendeuses de pucerons

Dans sa boîte à outils biologiques, la nature a prévu une prédation lorsque des nuisibles s’attaquent aux cultures. Mais cette régulation se fait parfois attendre. C’est le cas des parasitoïdes appelés mini-guêpes. Ils n’arrivent sur une culture infestée que lorsque les pucerons ont déjà entamé leur festin destructeur. Pour pallier ce retard, la société wallonne Viridaxis propose d’introduire les mini-guêpes en préventif, dans les serres fermées d’agriculteurs professionnels.

Le mode d’action des mini-guêpes sur les pucerons rappelle quelque peu le film Alien. Ainsi, après avoir sondé le puceron pour s’assurer que le territoire était vierge de tout autre œuf, la mini-guêpe pond un œuf à l’intérieur de ce puceron. L’embryon alimente son développement en dévorant son incubateur de l’intérieur. Au bout d’une semaine, ce dernier n’est plus qu’une momie grise. C’est alors que le parasitoïde adulte perce l’enveloppe corporelle du puceron pour prendre son envol et recommencer le cycle infernal. Durant ses deux semaines de vie, la guêpe pondra ainsi plusieurs centaines d’œufs.

Selon Dr Vincent Verheggen, entomologiste à l’université de Liège, Gembloux Agro-BioTech, la lutte biologique par parasitoïdes est très efficace et est particulièrement utile pour les cultures à haute valeur ajoutée, comme les fraises et les framboises.

Si les pucerons sont tant nuisibles pour les cultures, c’est qu’ils se nourrissent directement des plantes. Quel est leur mode d’action ? Leur bouche ressemble à une seringue qui pique et suce la sève de la plante. En ponctionnant les sucres nutritifs produits par la photosynthèse, les pucerons induisent directement un affaiblissement du végétal. En outre, ils sont des vecteurs indirects de malades virales. En effet, après avoir piqué une plante malade, les pucerons vont transmettre le virus de plante en plante. Résultat : un épuisement des végétaux contaminés, voire leur mort.

La lutte biologique contre les pucerons par mini-guêpes n’est pas neuve. Elle existe depuis 1960, mais la production industrielle de ces insectes était jusqu’il y a peu, aléatoire. Grâce à son procédé innovant, breveté suite à sa thèse de doctorat, Dr Vincent Cambier, produit désormais des parasitoïdes de qualité constante. « On fait juste ce que la nature réalise, mais en lui donnant un coup d’accélérateur. Il ne s’agit en aucun cas d’OGM. C’est de l’élevage d’insectes, un peu particulier. » confie-t-il. Le procédé, confidentiel, permet de multiplier les souches par milliers dans un incubateur. La production annuelle est de plusieurs centaines de millions de guêpes, soit 10 millions d’insectes par semaine.

C’est qu’il en faut des mini-guêpes pour venir à bout des pucerons. Par hectare, il faut compter un apport de 12500 insectes, soit 50 tubes. Dans chacun d’eux, il y a un mélange de 6 espèces de guêpes avec une densité précise pour chaque type culture. Par tube, ce sont 250 individus ailés qui attendent l’ouverture du récipient. Leur taille ? Les pourfendeuses de pucerons ne mesurent que 2 mm. « Beaucoup les confondent d’ailleurs avec des petites mouchettes. Elles sont inoffensives, tant pour l’environnement que pour l’humain. En effet, elles ne sont pas pourvues de dard. » explique Dr Cambier.

En moins de 10 ans, la spin-off Viridaxis est devenue leader mondial, et exporte désormais ses parasitoïdes tout autour de la planète. Faut-il craindre dès lors pour la biodiversité ? De toute évidence, non. Les tubes contiennent exclusivement des espèces d’insectes existant à l’état naturel dans le pays acheteur. De la sorte, il n’y a pas de risque de déséquilibre des écosystèmes dû à l’introduction d‘une espèce invasive.

Depuis 2004, la société wallonne basée à Gosselies voit son chiffre d’affaires doubler tous les deux ans. Une petite entreprise de 45 personnes, qui ne connaît pas la crise.