6 PHOTOGRAPHES ET 6 SCULPTEURS A LA VENERIE

Six photographes et six sculpteurs à la Vénerie

La matière mise en lumière

par un oeil diabolique

Quels rapports peuvent entretenir entre elles la sculpture et la photographie? Une dimension manque à l'une pour rivaliser avec l'autre. Mais il ne s'agissait pas tant, dans le chef des organisateurs de l'expo «6X6», de confronter deux modes d'expression concurrents que de susciter des rencontres inédites entre des artistes que rien, apparemment, ne lie, dans l'espoir qu'en naisse une oeuvre mixte, à double voix. A double regard.

Le sculpteur Marianne Berenhaut et le photographe Klaus Reimer sont seuls parvenus à relever ce défi, investissant un espace pour y intégrer une oeuvre d'art - une «installation» - où est à peine discernable la part que chacun y a prise. Tapis et tapisseries noirs, au centre de la pièce une sorte de gros pouf mou - on dirait une méduse, attirant et répugnant comme elle - sur lequel traîne une robe en dentelle blanche, et, braqués sur la chose, des appareils photo et des projecteurs. Les photographies, aux murs, illustrent vaguement le thème de l'écoulement et des désastres du temps: démolitions, ruines, déchets, carcasses de bagnoles...

André Soupart et Jephan de Villiers, eux aussi, ont cherché quels fantasmes communs traversaient leur univers artistique. Une seule sculpture de Jephan de Villiers, envoûtante: une peuplade de petits bouts de bois traînant une procession mortuaire qu'ils semblent ramener chez eux, dans les profondeurs de la terre. Dans les photos de Soupart - la forêt de Soignes dévastée par la tempête -, le sculpteur a reconnu le monde imaginaire d'où viennent ses propres personnages.

Les autres couples sont moins unis, l'un se contentant de porter son regard sur le travail de l'autre. L'oeil diabolique de l'objectif, dans son impudeur, parvient cependant à dérober quelques secrets au sculpteur. La photo révélatrice. Ainsi, l'oeil d'Eddy Pennewaert et celui de Philippe Ruelle, qui se sont glissés dans les ateliers respectifs de Gerald Dederen et d'André Dekeijser. Epreuve de vérité pour le sculpteur, dont l'oeuvre risquait de perdre de son mystère à dévoiler les stades de sa fabrication. Un marteau, une brouette, une grue, une tronçonneuse! Objets triviaux à vertu méchamment désacralisante... Les femmes-troncs de Dederen et les articulations longilignes de Dekeijser n'en sont pas moins belles, mais elles ne nous surprennent plus.

Les photographes Jacques Vilet et Jean-Luc Tillierre exploitent quelques effets pervers de leur art. Vilet, en amputant d'une dimension (la troisième) les oeuvres souvent minuscules de Marc Henrotin, rend celles qui leur restent incertaines: sur un papier mesurant invariablement 20 cm sur 30, d'une bague sculptée ou d'une statue monumentale, laquelle est la plus grande?... Tillierre, lui, s'attaque aux «cynotouristes à bascule» de Lipit, des chiens de métal - inspirés par le propre chien du sculpteur, Garbo, qui a droit, lui aussi, aux honneurs de la photographie - chevauchés par des cavaliers aux atours hétéroclites. Il les fige en plein mouvement, dans une éternelle immobilité.

JEAN-FRANCOIS WALHAIN

A la Vénerie de Watermael-Boisfort (3, place Gilson) jusqu'au 31 mai. Du mardi au samedi, de 15 à 18 heures; le dimanche, de 11 à 17 heures. Renseignements au 660.49.60.