Les plastiques des océans se retrouvent-ils dans nos assiettes ?

Les sachets, les bouteilles en plastique et les emballages en tout genre sont chahutés par les courants marins. © EPA
Les sachets, les bouteilles en plastique et les emballages en tout genre sont chahutés par les courants marins. © EPA - EPA

L’océan est le dépotoir du monde. Les sachets, les bouteilles en plastique et les emballages en tout genre sont chahutés par les courants marins. Ils sont brassés, exposés au soleil et déchiquetés. De telle sorte qu’en bout de course, la poubelle de l’humanité se retrouverait disséminée dans notre alimentation. La pyramide alimentaire ayant placé l’humain à son sommet, c’est dès lors à lui que revient l’honneur de la plus grosse part … de déchets.

Les premiers plastiques ont été conçus dès les années 1950. Leur production n’a depuis cessé d’être exponentielle, sans se soucier de leur devenir après utilisation. Si bien que de nombreux scientifiques lancent des cris d’alerte concernant leurs impacts sur les écosystèmes. Des débris solides ont ainsi été retrouvés en masse dans le corps d’oiseaux, de poissons, de tortues ou encore de baleines.

Et ce n’est vraisemblablement que la partie visible de l’iceberg de la catastrophe écologique liée aux matières plastiques.

En effet, des chercheurs espagnols viennent de publier, dans la revue PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences of the USA), la toute première cartographie mondiale montrant la répartition et la densité des déchets plastiques dans les eaux de surface de l’océan ouvert.

Pour ce faire, ils ont compilé les données collectées lors de l’expédition océanographique espagnole Malaspina, réalisée autour du monde en 2010. Près de 250 scientifiques avaient alors parcouru 61.000 kilomètres au gré des flots et prélevé plus de 3000 échantillons de déchets en 150 sites différents.

C’est au plus près du cœur des zones de gyres océaniques que sont concentrés les plastiques de toute taille. Cela ne surprend guère. En revanche, l’étonnement est de mise concernant l’estimation du poids total de déchets jonchant la surface des eaux. « Selon nos observations de terrain, la quantité globale de microparticules de plastique en surface est d’environ 40.000 tonnes», explique l’auteur de l’étude, le Pr Andrés Cozar de l’Université de Cadiz. « Par le passé, certains ont estimé la masse globale de micro-plastiques dans l'océan à plusieurs millions de tonnes, donc de 100 à 1000 fois plus que ce que nous avons mesuré.»

Mais où sont donc passés les déchets plastiques? Une partie se serait déposée sur les fonds océaniques et y serait colonisée par des micro-organismes. Mais les recherches scientifiques dans les grands fonds étant onéreuses et rares, cela reste une hypothèse à démontrer.

En outre, l'équipe espagnole a constaté que les gyres océaniques – c'est-à-dire les 5 "continents" façonnés par l’accumulation des déchets, observés dans l'océan Pacifique nord et sud, dans l'océan Atlantique nord et sud et dans l'océan Indien –, contiennent énormément de fragments de plastiques d'une taille inférieure à un millimètre. Il a déjà été objectivé que les plastiques de la taille du micromètre (un millimètre divisé par 1.000) étaient consommés par les animaux marins. Sous l'effet des vagues et du rayonnement solaire, la fragmentation pourrait être plus intense encore et réduire les plastiques en petites paillettes de quelques nanomètres (un millimètre divisé par 1.000.000). « L'abondance de ces nano-particules de plastique n'a pas encore pu être quantifiée », mentionne le Pr Cozar. « Et leurs conséquences sur les écosystèmes sont inconnues. »

Selon les scientifiques, c’est dans la chaîne alimentaire qu’il faut chercher le plastique manquant. En se disséminant dans le corps des organismes marins, les déchets grimpent d’étage trophique en étage trophique, dans la pyramide alimentaire. Nos assiettes se profilent dès lors comme l’ultime mise en décharge de nos déchets.