L’école des petits miracles

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Implantée au cœur même d’une cité sociale, la résidence Carbonnelle à Tournai, l’école du Val d’Orcq a longtemps souffert de sa localisation. Alors cette rentrée 2014 a une saveur particulière puisque 16 nouveaux élèves sont accueillis en première primaire. Une belle reconnaissance pour une école qui compte une septantaine d’enfants. Monsieur Rodolphe, le directeur peut être fier du chemin parcouru. Il y a 7 ans, il a fait le choix de l’intégration et il ne le regrette pas. « C’est très enrichissant, confie-t-il. L’expérience nous montre que les méthodes que nous développons pour les enfants qui rencontrent des difficultés peuvent aussi être appliquées aux autres avec une grande efficacité. »

L’école du Val d’Orcq compte six élèves dits « aux besoins spécifiques » à savoir qui connaissent des problèmes de dyslexie, dyspraxie, de troubles de l’attention associés ou non à de l’hyperactivité. «  Des troubles multiples qui sont souvent associés et qui sont considérés comme des pathologies, explique le directeur. Nous n’avons pas le pouvoir de les faire disparaître mais nous leur donnons les moyens de vivre avec. » Ces enfants sont donc intégrés à des classes ordinaires, à raison de un ou deux par classe maximum et suivent les cours donnés par un seul professeur. En soutien, ils bénéficient de l’aide d’une logopède détachée de l’enseignement spécialisé. « Nous avons droit à quatre périodes par enfants soit dans notre cas, une logopède à temps complet. » La Ville de Tournai finance aussi sur ses fonds propres une enseignante à mi-temps ce qui a permis de réduire la taille des classes. Outre un investissement matériel – financé par les nombreux prix reçus par l’école- l’enseignement intégré demande aussi un investissement personnel des professeurs. « Cela s’est fait sur base volontaire, raconte le directeur. Les institutrices ont dû prendre sur leur temps de repos pour se former. » Monsieur Rodolphe, lui, a demandé à être déchargé de deux des quatre écoles qu’il dirigeait pour pouvoir reprendre une classe à mi-temps. « Pour mener son bateau à bon port, le capitaine doit être à la barre », confie-t-il, modeste.

En juin, les premiers élèves à avoir suivi l’ensemble de leurs primaires en enseignement intégré passeront leur CEB. « Il n’y a pas de pression particulière dit-il. Notre priorité première est que l’enfant se sente bien dans son école, qu’il ait envie d’apprendre. Il n’y a pas de course aux résultats. » Et le directeur de regretter que l’enseignement intégré ne connaisse pas d’équivalent dans le secondaire. « C’est comme si nous leur enlevions du jour au lendemain les deux béquilles sur lesquelles ils ont pu s’appuyer durant six ans. Il y a de grandes chances pour qu’ils se cassent la figure. » Les bons mots du directeur auront trouvé une oreille attentive auprès de Rudy Demotte, le ministre-président de la Fédération venu assister à la rentrée de la petite école communale.