Le saviez-vous? Le pinard des poilus.

En 1904 et 1905, à cause de la météo, les récoltes de raisin sont extrêmement abondantes. La hausse de production en France est de 96 % et elle se maintient à ce niveau élevé les années suivantes. Le vin se vend de plus en plus mal, les récoltes abondantes font gonfler des stocks impossibles à écouler. Cette surproduction va dès lors être absorbée par les poilus de la Première Guerre mondiale. Le vin de France va être réquisitionné pour devenir partie prenante d’un patriotisme cocardier.

Un convoi de vin vers le front. © D.R.
Un convoi de vin vers le front. © D.R.

Il va d’abord être un fortifiant, qui doit soutenir le combat des poilus. Ensuite un produit du terroir, symbole de la France, sacralisée et envahie. Il va distinguer « la civilisation française de la barbarie germanique ». Et, une fois la France victorieuse, il devient le « vin de guerre », vecteur de sa gloire militaire.

Dès octobre 1914, afin d’améliorer la vie dans les tranchées, on ajoute une ration de vin à l’ordinaire des troupes. Comme il faut faire dans l’uniforme, le pinard des poilus est un assemblage de vins à faible degré avec la production plus élevée du Languedoc-Roussillon et de l’Afrique du Nord. L’important étant d’atteindre 9º d’alcool.

Une cantinière distribue la ration de vin. © D.R.
Une cantinière distribue la ration de vin. © D.R.

Tout soldat reçoit quotidiennement un quart de vin, ration reconnue insuffisante et doublée dès 1916. Et à partir de 1918, ce demi-litre est augmenté et la ration passe à trois quarts de litre par jour. La demande de l’armée est donc énorme : la réquisition annuelle concernant le tiers de la récolte française, colonies comprises. Un jargon nouveau voit le jour. On parle d’un « canon » pour un 75cl.

Pour toute l’armée, le père Pinard devient le père La Victoire. Des séries de cartes postales et de chansons le glorifient et en font un véritable mythe. Le grand saint Pinard devient le patron des poilus.

© D.R.
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