Adieu tire-bouchons? Des innovations pour amateurs de vin au verre

Imaginé par un Américain, Greg Lambrecht, à l'époque où la grossesse de sa femme le contraignait à finir seul les bouteilles entamées ou à s'abstenir, le système Coravin permet de se cantonner à un seul verre sans que le reste du vin ne soit altéré. L'appareil, qui ressemble à un petit microscope, est composé d'une aiguille creuse qui transperce la capsule puis le liège du bouchon, injecte un gaz inerte, l'argon, et fait remonter le vin sans que l'oxygène responsable de l'oxydation ne pénètre dans la bouteille. Lancée aux Etats-Unis en juillet 2013, où elle s'est vendue à 40.000 exemplaires, cette technologie, adoubée par l'influent critique Robert Parker et la Revue des Vins de France, arrive en octobre en Europe, où ses promoteurs espèrent conquérir professionnels et particuliers. "C'est une solution révolutionnaire", assure Maarten Dekker, directeur général de Coravin Europe, en maniant l'instrument design noir et argent qui s'accroche au goulot d'une bouteille de Saint Emilion, transperce le bouchon et fait couler le vin par petites pressions dans un verre. "Dans un dîner entre amis, si l'un aime le rosé, un autre le vin blanc, un troisième le vin rouge, on peut accéder aux vins sans ouvrir les bouteilles et les finir bien plus tard", explique à l'AFP cet ancien de Nespresso, affirmant que la conservation des vins une fois la bouteille "ouverte" est "illimitée". -"gadget haut de gamme"- Greg Lambrecht, qui a mis 14 ans à mettre au point cet outil, mène des tests régulièrement, et aucun sommelier, affirme Maarten Deeker, n'a jamais senti de différence entre des vins dont la bouteille avait été ouverte avec le système, et des bouteilles vierges. "Je languis d'essayer, pour voir ce que ça peut donner", commente Philippe Faure-Brac, meilleur sommelier du monde 1992, qui officie au Bistrot du sommelier à Paris où la "grande majorité des gens consomment au verre". "Ca paraît conserver astucieusement le vin, sûrement de façon beaucoup plus efficace que les systèmes existants", dit-il, même s'il attend de vérifier que "les qualités organoleptiques ne sont pas trahies". Cette technologie n'est certes pas la première à répondre à cette tendance: les distributeurs Enomatic de vin au verre équipent déjà depuis plusieurs années bars à vins et grandes tables, permettant de conserver le vin pendant plus de trois semaines. Laurie Matheson, experte en vin pour Artcurial, trouve "fabuleux" ces nouveaux systèmes qui permettent de goûter un échantillon élargi de vins. Mais le Coravin, avec un prix de vente de 299 euros, sans compter les recharges d'argon, "ne peut pas s'adresser à monsieur et madame tout-le-monde, relève-t-elle, ça fait partie des gadgets haut de gamme pour amateurs haut de gamme". Avec l'engouement pour le vin au verre, "le monopole du format bouteille est en train de disparaître un peu", juge pour sa part Thibaut Jarrousse, un des cofondateurs de 10-Vins, une société qui vend aux particuliers du vin contenu dans des tubes à essai de 10 cl qui peuvent se conserver trois ans. Pour les servir dans des conditions idéales, la société s'apprête à lancer en novembre une machine capable, grâce à une puce électronique, "de reconnaître chaque flacon automatiquement et de le mettre à la bonne température et au bon carafage en trente secondes". "Les repas structurés où tout le monde est autour de la table et mange le même plat, c'est en train de beaucoup évoluer, on le voit avec les tapas, dit-il. Pour le vin au verre, c'est exactement la même chose, plutôt que quelqu'un impose le même vin à tout le monde, les gens sont acteurs de leurs propres choix".