Priorité absolue aux trams, est-ce justifié?

Faut-il adapter le code de la route ? © D. Duchesnes
Faut-il adapter le code de la route ? © D. Duchesnes - D. Duchesnes

On ne le rappellera jamais assez, mais le tram a priorité sur tout… même sur les piétons qui passent sur un passage clouté. Véhicule ferré, il ne joue pas dans la même catégorie que les autres. Le tramway n’est d’ailleurs pas soumis au code de la route. Quand il circule en site propre ou sous terre comme le prémétro, pas de problème. Mais quand il circule en surface et en agglomération, c’est nettement plus compliqué et dangereux.

Notamment parce que de nombreux usagers de la route et « usagers faibles » (piétons et cyclistes) croient – de bonne foi – qu’un tel engin est soumis aux mêmes règles que les autres. Ce qui n’est pas le cas, avec toutes les conséquences que cela peut entraîner dont des accidents.

Rien qu’à Bruxelles, 1.482 accidents impliquant un tram ont été recensés l’an dernier dont 43 avec des piétons (lire ci-dessous). « C’est sept de moins qu’en 2012, mais chaque accident reste un accident de trop », estime la direction de la Société des transports intercommunaux bruxellois (Stib) qui vient de lancer une nouvelle campagne de prévention grand public. « Un piéton qui traverse à la dernière minute, un véhicule mal garé, une voiture qui fait un écart… Nous avons déjà tous été confrontés à ce type de situations stressantes. Mais elles le sont encore davantage pour les conducteurs de tram », précise-t-on à la Stib.

Le problème, c’est qu’un tram est très lourd (25 tonnes à vide pour le modèle T2000), qu’il ne peut pas s’écarter de sa trajectoire et que sa distance de freinage est plus longue car l’adhérence de ses roues sur des rails est moindre que celle de véhicules sur pneus. Un tram qui circule à 40 km/h, par exemple, a besoin d’une distance de freinage de 40 mètres minimum. Et avec la chute des feuilles, les rails sont encore plus glissants.

La Stib estime aussi que les nouvelles dispositions du code de la route ont peut-être créé une certaine confusion dans l’esprit des gens. Le code prévoit en effet que lorsqu’un piéton est engagé sur un passage ou sur le point de s’y engager, il faut lui céder le passage. Mais cela ne vaut pas pour les véhicules ferrés.

C’est ce que précise l’article 42.4.6 du code de la route : « Sauf s’ils y sont autorisés par des feux de signalisation, les piétons ne peuvent s’engager sur un passage pour piétons traversant des rails de tram ou un site propre de tram lorsqu’un tram approche. »

Le tram a peut-être priorité sur tout, mais cela pose néanmoins régulièrement des problèmes. Notamment en cas d’accident grave comme dans l’avenue du Pesage à Ixelles où 49 accidents avec des voitures ont été enregistrés en dix ans dont certains mortels. Il faudrait peut-être aussi rappeler à certains wattmen d’adapter leur vitesse quand ils sont en agglomération ; et de respecter le code de la route, même s’ils n’y sont pas tenus formellement puisque les trams sont des véhicules ferrés. La Stib en est consciente et organise des formations à la conduite défensive.

Car il arrive aussi que des conducteurs de tram mettent la vie d’autrui en danger. C’est rare, mais ça arrive. C’est ce qui s’est passé avec une automobiliste qui avait calé en plein milieu d’un carrefour avenue Louise. Le tram lui a foncé dessus alors qu’il avait tout le temps de freiner. Après de multiples procédures devant les tribunaux (et notamment grâce aux données enregistrées par la boîte noire du tram), ce cas malheureux a donné lieu à une jurisprudence intéressante qui remet en cause la priorité absolue dans certaines circonstances.

«  Si un wattman se rend compte qu’il y a un obstacle sur la voie et qu’il est en mesure de pouvoir immobiliser son charroi avant mais ne prend pas les mesures raisonnables pour éviter l’accident en freinant ou en ralentissant, il est responsable, même s’il s’agit d’un site propre  », explique l’avocat de la victime en parlant de « bon sens ».

Sécurité routière : les piétons ne maîtrisent pas le code

D’après l’Institut belge pour la sécurité routière, beaucoup d’accidents sont dus à l’imprudence de piétons qui ne maîtrisent pas le code de la route. «  Il suffit de se balader une demi-heure avec un chauffeur de tram pour voir ce qu’ils endurent, explique Benoît Godart, porte-parole de l’IBSR. Les gens qui se garent du côté droit de la chaussée mais pas assez collés au trottoir font que le tram ne peut plus passer. Les personnes qui ouvrent leur portière juste quand un tram arrive, on en voit plein. Les piétons qui traversent juste devant après être sortis du tram, tout cela est super-stressant quand on sait le temps qu’il faut pour qu’un tram s’arrête. Respecter les règles du code de la route pour un véhicule aussi lourd, cela me paraît difficile.  »

Accidents avec piétons en baisse

Sur l’ensemble de son réseau, la Stib a enregistré 43 accidents impliquant un tram et un piéton en 2013 pour 11,15 millions de kilomètres parcourus. C’est sept de moins que l’année précédente mais quasiment autant qu’en 2005. La société des transports intercommunaux bruxellois précise que le résultat enregistré en 2013 représente une diminution de 23 % par rapport à la moyenne du nombre d’accidents tram/piéton au cours des six années précédentes (2007-2012).

Dans certains cas, des accidents entre un tram et un autre véhicule peuvent provoquer des blessures aux passagers qui se trouvent à l’intérieur du tram. Certaines lignes sont davantage accidentogènes que d’autres. Dans la plupart des cas, ces accidents se produisent lors de la traversée des rails de tram et à proximité de l’arrêt.