À l’abordage du Pilates

Les apparences sont trompeuses<134>: si l’instrument s’apparente à un outil de torture, en fait, il entraîne les muscles en douceur.
Les apparences sont trompeuses<134>: si l’instrument s’apparente à un outil de torture, en fait, il entraîne les muscles en douceur. - RENE BRENY.

Rendez-vous dans un studio pas ordinaire à deux pas de la place Brugmann à Ixelles. Le professeur Isidro nous accueille dans une salle en parquet avec tapis et ballons. Rapidement, il nous entraîne dans une deuxième pièce où trônent trois appareils semblables à des instruments de torture. «  Changez-vous derrière le paravent les filles. On va commencer ici. » Une fois la tenue de sport enfilée, on commence le premier exercice sur une machine appelée « reformer ». Une sorte de chariot relié à son extrémité par des ressorts pour donner une résistance au mouvement. « Normalement, on doit comprendre les principes de bases sur le tapis avant de découvrir les instruments », explique Isidro. S’asseoir, tendre les jambes, les plier, surveiller son bassin… Dur, dur d’enregistrer toutes les nouvelles informations. Il faut inspirer pendant les étirements et en expirer lorsque les muscles se contractent. «  La partie la plus importante du Pilates, c’est la respiration. C’est ce qui fait travailler la ceinture abdominale et le diaphragme. »

Après plusieurs tests, on passe les sangles aux pieds. Grand écart et flexions pour travailler la souplesse. « Inspire, expire, inspire, expire… » À peine apprise la consigne est déjà oubliée. «  C’est normal de ne pas réussir dès le premier cours à maîtriser sa respiration. Ça vient petit à petit. » Quelques exercices pour renforcer les abdominaux et la séance d’une heure se termine.

Pas de sueur, ni d’essoufflement, était-ce bien du sport ? La réponse surgie le lendemain avec des douleurs dans les fessiers. Bizarre, on n’a rien senti sur le moment. « La méthode Pilates travaille sur les muscles en douceur, explique Dominique Henin, préparateur physique pour les sportifs. On ne doit pas nécessairement être sportif, ce sport s’adapte à toutes les personnes peu importe leur santé. Il peut paraître calme mais c’est très physique. »

Depuis dix ans, la méthode inventée par Joseph Pilates aux États-Unis (lire ci-contre) s’est imposée en Europe dans les salles de fitness, des studios privés ou même chez les kinésithérapeutes. Emmanuelle Jurisse est responsable chez Leaderfit organisme de formation des profs de Pilates à Mons, Bruxelles, Namur et Liège. « À l’origine, le Pilates est une méthode de rééducation. Beaucoup de kinés viennent se former pour intégrer les techniques et chercher des outils comme le placement du bassin, des épaules pour les utiliser sur leurs patients. »

L’effet mode n’est pas sans conséquences. Les séances arrivent dans les grilles horaires des centres, entre un cour de step et d’abdos fessiers, souvent devant une trentaine de personnes. D’après Isidro, « si l’on suit les règles de base inventées par Joseph Pilates, les cours collectifs ne doivent pas dépasser douze personnes. Pour un professeur, c’est plus facile de corriger et de surveiller les erreurs avec une classe réduite. » Cette nécessaire prise en charge individuelle rend le sport moins accessible au niveau des tarifs. Certains en abusent et font grimper la séance de 55 minutes à 70 euros ! Dernier conseil du professeur : « Attention à ceux qui s’improvisent instructeurs. Bien vérifier son certificat. S’ils ont été formés par Corpus Studio, Balanced Body ou Stott Pilates Bruxelles, ce sont des bons profs en général ».