Al Manara, magnifique passeur de frontières

Le groupe Al Manara dans la cathédrale de Tournai, pendant l’enregistrement « live » du disque et du DVD. © Véronique Vercheval.
Le groupe Al Manara dans la cathédrale de Tournai, pendant l’enregistrement « live » du disque et du DVD. © Véronique Vercheval. - phodoc@lesoir.be

Des passeurs. C’est le mot. Des gens qui font de la musique, et bien. Mais surtout des personnalités qui vont au-delà de la musique. En entendant Eloi Baudimont diriger des fanfares, travailler dans le projet Mali Mali avec Baba Sissoko, conduire le Grand Orchestre Lunaire à La Louvière, en appréciant le travail de Ramzi Aburedwan avec son Ensemble national de musique à Ramallah, et surtout en s’enthousiasmant pour sa création d’Al Kamandjati et son réseau d’écoles de musique en Palestine, c’est ce que s’est dit Yanic Samzun, secrétaire générale de Présence et action culturelles : ce sont des passeurs, ils traversent les frontières. Alors, il les a mis en présence. Et tilt, ça a fonctionné.

«  Ce qu’on voulait, au début, c’était réaliser un échange, entre la Fanfare de Tournai et l’Orchestre national de Palestine, explique Eloi Baudimont. Mais c’était environ 50 musiciens de part et d’autre. Difficile. On a mis ça de côté pour le moment et on a monté un projet à deux avec d’autres musiciens.  »

Et c’est ce qu’ils ont fait : quatorze musiciens sur scène, moitié d’ici, moitié de là-bas. «  On a travaillé ensemble, reprend Eloi. Ramzi a composé des morceaux, me les a envoyés, j’ai renvoyé en fonction de mes arrangements. Mais avant, on avait établi un vocabulaire commun, si bien qu’on ne voit plus les apports de l’un et de l’autre.  »

«  On voulait éviter la juxtaposition, ajoute Ramzi. Je craignais de tomber dans un projet de collage. Il fallait que la musique soit fluide, profonde, harmonieuse, que chacun respecte l’autre. Ce produit n’est donc pas une adaptation diplomatique de la divergence de nos musiques, non, c’est un produit commun, sans concession par rapport à nos cultures.  »

Trois semaines de résidence à Tournai, à Ramallah et en Tunisie. «  Vous savez, dans un ensemble comme celui-ci, ce n’est pas tellement en faisant la musique qu’on avance. C’est d’abord humainement que les choses doivent marcher. Après, il reste à faire la soupe, avec les ingrédients mis sur la table. Les six musiciens de Ramzi ne connaissaient pas mes six musiciens, et ça s’est très bien passé. Maintenant, ils forment une bande d’amis. »

« Nous aimons la vie »

Le spectacle a été proposé en août 2013 lors des Inattendues de Tournai. Il a été capté par Notélé. Et voilà le CD et le DVD. Les deux supports reprennent le même concert. Mais sur le DVD, on a laissé les présentations et les adresses au public. Le tout est très réussi. Et c’est réussi aussi parce que les chansons mettent en musique des poésies, superbes, de Mahmoud Darwich, chantées en français et en arabe. «  C’est majeur dans le spectacle, insiste Ramzi. Nous avons choisi des poèmes par rapport au contexte palestinien d’aujourd’hui. “Nous aimons la vie”, c’est le rejet de la mauvaise image de la Palestine. Parce que, oui, nous aimons la vie. Ce qui n’empêche pas qu’on doive aussi résister pour vivre.  »

Et maintenant ? La Fanfare de Tournai ira à Ramallah en 2016. Al Manara sera en tournée en Palestine en juillet 2015. Des musiciens palestiniens seront aux Inattendues. Et puis il y a une tournée belge et française, avec une bonne dizaine de concerts. Et l’objet DVD-CD à faire vivre. Et vendre. Tous les bénéfices iront à Al Kamandjati, pour soutenir l’éducation musicale des jeunes Palestiniens. «  Et on a le soutien de Roger Waters, de Pink Floyd, lance Eloi Baudimont. Dans une récente interview, il avait notre CD-DVD en main. Achetez-le, qu’il disait.  »

JEAN-CLAUDE VANTROYEN

www.almanara.be

Concerts : 15 janvier 2015, Espace Senghor, Etterbeek ; 17 janvier, Maison de la culture de Tournai ; 20 janvier, Théâtre de Namur ; 21 janvier, collégiale de Soignies ; 30 janvier, église de Saint-Josse-ten-Noode.