A Hambourg, on chauffe sa maison avec des algues

On savait les algues un trésor d’actifs pour la santé. Des algues rouges agissent par exemple sur la déshydratation et sont utilisées dans de nombreux cosmétiques. D’autres servent à la fabrication de biomatériaux (stents, implants…), ou à l’élaboration de pansements « intelligents », cicatrisants, antibiotiques, anticoagulants… Alors que la spiruline, à l’origine de la vie sur terre, est un concentré de vitalité : protéines (à 65 %), vitamines, enzymes, pigments, minéraux dont le fer, l’un des éléments les mieux assimilés par le corps humain. L’algue exerce ses effets bienfaisants sur tous les organes, immunité en tête.

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Johannes Arlt

Une façade avec un bioréacteur

Ce qu’on savait moins, c’est qu’elle est un excellent matériau énergétique. À Wilhelmsburg, un quartier branché de Hambourg, sur l’île d’Elbe, l’agence d’architecture autrichienne Splitterwerk vient de livrer un petit bâtiment de quatre étages très, très innovant. C’est le premier bâtiment au monde à se chauffer à l’aide d’une façade équipée d’un bioréacteur : les versants sud-est et sud-ouest de la construction sont doublés de panneaux de verre creux contenant un liquide vert. À intervalles réguliers, des bulles de gaz remontent à la surface, faisant gargouiller les murs.

Ces façades bio-adaptives sont en fait recouvertes de micro-algues insérées dans les parois des volets, qui produisent biomasse et chaleur sous l’effet combiné de la photosynthèse et de l’énergie solaire. Les algues sont alimentées en continu avec des nutriments liquides et du dioxyde de carbone, via un circuit d’eau indépendant qui circule à travers la façade. Dans la salle des machines, au rez-de-chaussée, une forêt de tuyaux assure l’approvisionnement des plantes en gaz carbonique, en azote et en phosphore, et recueille la précieuse énergie. La fermentation de ces algues, régulièrement prélevées et traitées dans une usine externe, permet quant à elle de produire du biogaz que les habitants de l’immeuble peuvent ensuite utiliser toute l’année.

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DR

Coût de la construction : 5 millions d’euros

L’Algenhaus (la « maison aux algues »), de son nom officiel BIQ, est donc alimentée grâce à deux systèmes de production autonome d’énergie. Le premier est lié au processus de photosynthèse : les micro-algues absorbent la lumière du soleil, du gaz carbonique et produisent de la biomasse. Le second est une pompe à chaleur : la lumière non utilisée par la photosynthèse est transformée en chaleur, utilisée immédiatement ou bien stockée dans le sous-sol en été pour être réutilisée en hiver.

Résultat : zéro déchets et un sacré gain d’autonomie. De quoi faire rêver les aficionados de l’économie circulaire. Reste le coût de la construction : 5 millions d’euros. «  Nous en sommes pour l’instant à la phase expérimentale, assure Stefan Hindersin, responsable du réacteur. L’objectif, à terme, est de parvenir à un fonctionnement totalement automatisé. Et de pérenniser le système pour rendre d’autres bâtiments autonomes en énergie grâce à la photosynthèse.  »