A Flagey, les jeunes sont sensibilisés contre l’excision

Dans certaines classes, l’excision pourrait toucher directement des fillettes. © René Breny.
Dans certaines classes, l’excision pourrait toucher directement des fillettes. © René Breny. - RENé BRENY.

Mardi matin, plusieurs classes de niveaux très divers étaient rassemblées dans le hall de Flagey, l’ancienne maison de la radio d’Ixelles. A l’appel de GAMS ASBL (Groupe pour l’abolition des mutilations sexuelles féminines) et pour commémorer la journée internationale contre l’excision le 6 février, les enseignants de ces classes avaient décidé de participer avec leurs élèves à cette journée de sensibilisation. Avant le début des ateliers, l’ambiance est à la rigolade et la danse, afin d’aborder avec un peu de douceur le sujet, toujours délicat, de l’excision. Par ce terme, on désigne en réalité toutes les mutilations génitales féminines, de la simple ablation du clitoris à celle des grandes lèvres vaginales.

Pratiqué de manière rituelle chez les jeunes filles, cet acte n’est pas religieux : « il n’y a rien dans le Coran, ou dans les autres textes, qui évoque l’excision, c’est une tradition vieille de trois mille ans », affirme Fabienne Richard, la directrice de GAMS. Une tradition qui concerne encore des milliers de filles, principalement en Afrique noire, mais pas seulement : en Egypte et au Yémen, l’excision n’est pas rare. Elle peut même concerner des jeunes filles nées en Belgique, car certaines familles profitent d’un retour au pays pendant les congés pour soumettre leurs filles à la coutume. Fabienne Richard témoigne : « la pression sociale est très forte. Nous accueillons aussi les femmes excisées qui viennent déposer tout leur fardeau : mariage forcé, viols, etc. Elles savent qu’elles ont des devoirs, nous leur expliquons qu’elles ont aussi des droits. »

Faciliter la prise de conscience chez les jeunes filles

L’excision, c’est au départ un acte de domination masculine. Kady Diallo, fondatrice de l’association en 1996, l’explique à une classe de lycée : « c’est une manière de contrôler sa femme, qui n’a pas besoin d’aller chercher un rapport sexuel ailleurs que chez son mari. » Une élève s’exclame : « c’est comme un chien qu’on tient en laisse ! ». Invité par l’organisation, l’échevin de la Jeunesse d’Ixelles Béa Diallo (PS) raconte aux jeunes son engagement pour l’égalité : « il y a un déséquilibre de force dans la violence contre les femmes. Ce n’est pas seulement un combat de femmes, les hommes doivent aussi s’engager dans la lutte contre l’excision. »

Le message passe depuis longtemps chez les jeunes du lycée Guy Cudell à Saint-Josse. Catherine Buisseret est venue avec ses élèves de français en 6e secondaire pour prolonger le travail qui avait commencé l’année dernière avec Je l’aime un peu, beaucoup…, une pièce du théâtre associatif Brocoli qui dénonçait les violences conjugales. « En français, nous travaillons beaucoup sur les droits de l’Homme, et GAMS est déjà venu animer des ateliers au lycée », précise l’enseignante. Yousra, 18 ans, en a d’ailleurs profité pour en faire le sujet de son travail de fin d’études. « Ce n’est pas un sujet que je connaissais bien, mais je pense que c’est un beau travail. », dit-elle.

Dans un autre atelier, des enfants participent à une intervention de Seydou Niang, un membre de l’association qui mène également un projet au Sénégal, baptisé Men Speak Out. Comme son nom l’indique, ce projet s’adresse principalement aux hommes, globalement moins impliqués que les femmes. « Nous recevons des hommes africains pour les sensibiliser et les former en Angleterre pour mieux informer les populations », explique l’éducateur. Mais mardi, il s’adressait aux 5e primaires de l’école des Tourterelles, à Anderlecht pour une autre raison : dans cette classe à discrimination positive se trouvent des petites filles qui pourraient bien être visées par l’excision. « Ce sont des populations cibles, reconnaît Jeanne Gallant, l’institutrice. Il y a un fort suivi sur ce sujet. » En effet, la classe est prise en charge par un docteur, qui devra vérifier si certaines filles ont ou non été mutilées lors d’un retour au pays. L’excision, pratiquée parfois à une semaine de naissance, est aujourd’hui interdite dans la plupart des pays africains. Pourtant, la tradition continue à marquer les esprits et les corps.