A Tournai, le pont des Trous sera bel et bien élargi

C’est cette dernière esquisse, soit une structure en résille avec un élargissement de l’arche centrale du pont, qui retient l’attention du ministre Prévot. © Bernard Libert.
C’est cette dernière esquisse, soit une structure en résille avec un élargissement de l’arche centrale du pont, qui retient l’attention du ministre Prévot. © Bernard Libert. - B. LIBERT

La fin d’une saga ou plutôt le point final à une polémique qui agite le Landerneau tournaisien depuis quelques années. Il ne fait désormais plus aucun doute que le pont des Trous si cher aux Tournaisiens sera élargi. C’est semble-t-il le prix que le gouvernement wallon est prêt à payer pour la concrétisation du projet Seine-Escaut qui pour rappel, vise à créer une véritable autoroute fluviale pour bateaux de gros gabarit entre le bassin parisien et le nord de l’Europe en passant par la Belgique et la Wallonie.

Ces derniers mois, plusieurs obstacles à la concrétisation de ce projet pharaonique – en France, un canal de 106 km doit être creusé ! – ont été levés. Après avoir un temps reporté le projet aux calendes grecques en raison de la crise économique, le gouvernement français a revu sa position : avec l’aide des fonds européens, le projet pourra être financé. Le ministre wallon des Travaux publics, Maxime Prévot, vient d’ailleurs de recevoir l’invitation officielle du secrétaire d’État français aux Transports, Monsieur Vidalies pour aller déposer ensemble, à la fin du mois à Lens (F), le dossier de financement du canal Seine-Escaut auprès de la Commission européenne, preuve de la motivation des Français à aller jusqu’au bout. Maxime Prévot en profitera pour soumettre les projets « Bassin de la Meuse-Wallonie » et « Seine-Escaut Est » sur lesquels le gouvernement wallon a pris un engagement de principe la semaine dernière (Le Soir du 6 février).

L’inquiétude étrangère étant levée, reste maintenant à convaincre localement. En septembre dernier, c’est l’ex-ministre-président wallon, Rudy Demotte, également bourgmestre de Tournai, qui avait enterré lui-même le projet après l’avoir longtemps soutenu. Au vu des réticences de la France, il ne jugeait pas nécessaire de toucher au pont des Trous maintenant. Et surtout, il estimait que le gouvernement wallon ne pourrait pas financer les compensations urbanistiques exigées par la Ville pour la « perte » de son pont. Un bras de fer s’était d’ailleurs engagé avec Maxime Prévot. Mais aujourd’hui, ce dernier se montre plus ouvert sur la question : « En ce qui concerne les travaux connexes , j’ai eu l’occasion de faire le point à ce sujet avec divers élus locaux, explique le ministre des Travaux publics. Les travaux demandés par la Ville sont en réalité des aménagements qui peuvent intégralement s’inscrire dans le budget wallon des voies hydrauliques puisqu’il s’agit d’un port de plaisance, de réfections des quais et d’aménagements espaces publics bordant l’Escaut… »

Maxime Prévot laisse donc la porte entrouverte mais sans doute devra-t-il se montrer plus précis s’il veut achever de convaincre les plus indécis. A combien s’élèveront ces compensations ? Que sera-t-il réalisé exactement et quand ? Aujourd’hui, seul l’élargissement de l’Escaut dans sa traversée de Tournai a été esquissé. « L’étude d’incidences sur l’environnement est terminée et n’a formulé aucune remarque majeure, précise Maxime Prévot. Le dépôt du permis d’urbanisme devrait être fait dans les premiers mois de cette année 2015, avec l’octroi de celui-ci pour l’automne de cette même année. Cette demande de permis vise l’ensemble des travaux, c’est-à-dire le Pont des Trous, le Pont à Ponts, les quais de Salines et les aménagements connexes. »

Alors à quoi ressemblera le pont des Trous ? Là aussi les choses se précisent puisque c’est l’option de l’élargissement de l’arche centrale en résille qui retient l’attention du gouvernement wallon. « Elle serait la plus appropriée afin de maintenir l’image du Pont des Trous, à savoir une coursive, deux tours et trois arches, indique le ministre. L’idée est de ne pas toucher aux deux tours, de placer des lisses de guidage nécessaire au passage des bateaux et d’élargir l’arche centrale pour respecter le gabarit nécessaire sans quoi ça n’a pas d’intérêt de faire tant d’investissements si on ne sait pas maximaliser l’exploitation économique de cette voie d’eau. » Les dès sont jetés. Seule une incertitude demeure : le temps. Impossible de déterminer quand le pont des Trous changera réellement de visage. Entre les éventuels recours et les permis, les Tournaisiens ont encore du temps devant eux pour admirer leur emblème communal.