Cécile Kyenge: «Le racisme n’a pas de couleur»

À l’occasion d’un débat organisé par l’UCL (#nightshop2) sur « les réactions humaines nées lors des conflits », Cécile Kyenge s’est exprimée sur son expérience personnelle face au racisme et pose les bases d’actions à mener pour lutter contre les discriminations de tout ordre.

Vous avez été, il y a deux ans, ministre de l’Intégration en Italie. Vous n’en avez pas gardé le meilleur des souvenirs ?

«  Ça a été dur. J’ai été victime à des nombreuses reprises de paroles racistes lors de mon mandat. En cause : le fait d’être une femme, de couleur et une ex-migrante. Aujourd’hui, je vis sous protection de garde du corps à chaque fois que je retourne en Italie, j’ai un peu perdu ma liberté. »

Vous n’êtes malheureusement pas la seule dans votre cas, on pourrait parler de Christiane Taubira en France. On peut raccrocher votre actualité avec les supporters de Chelsea qui se revendiquent ouvertement racistes. C’est intolérable ça ?

«  L’Europe ne doit pas tolérer tout cela, surtout après la seconde guerre mondiale. La classe politique doit appliquer les lois contre le racisme, c’est elle qui doit mener le combat, redonner sens à tout cela  ».

Faites-vous une distinction entre racisme et discrimination ?

«  Le racisme fait référence à l’origine ou à la couleur de peau. La discrimination fait référence à toute politique ou action qui exclut une personne de la société. Le racisme doit faire partie de la discrimination et renforcer l’Etat de droit pour lutter contre le populisme. »

Un internaute demande : « Le racisme actuel n’est-il pas une réaction aux multiples délits et problèmes créés par certaines communautés et relayées massivement par les médias ? »

«  C’est une question de communication et de perception. Les médias ont tendance à accentuer les crimes et délits en mentionnant la nationalité. Or, le crime n’a pas de couleur. Communiquer, c’est un travail culturel que les politiques mènent également. Il y a une responsabilité dans les mots que l’on choisit d’utiliser  »

Vous êtes aujourd’hui députée européenne. Que pensez-vous de la politique européenne vis-à-vis des flux migratoires ?

«  L’Europe ne doit pas seulement donner une solution technique, comme par exemple avec l’agence FRONTEX. Le phénomène migratoire est naturel. Il faut mieux gérer les frontières avec une politique globale. Par exemple : affronter les causes, ce qui pousse les personnes qui se déplacent à partir.  ».

Si vous aviez l’opportunité, rempileriez-vous pour un nouveau mandat en tant que ministre en Italie ?

«  L’Italie est mon pays. Je répondrai présente mais pas nécessairemetn pour le poste de ministre de l’Intégration. Une personne d’origine étrangère ne doit pas toujours être à l’Intégration. »