Wine in Moderation: le vin comme art de vivre

Est-il vraiment nécessaire de rappeler les 6000 ans de l’histoire du vin pour se convaincre que le vin est un élément essentiel de nos cultures occidentales ? Est-il vraiment nécessaire, comme l’aimerait le législateur français, d’interdire toute promotion de sa consommation, y compris par celles et ceux qui le font ? Le législateur français considère-t-il vraiment que le vin ne peut être qu’une source d’éthanol destinée à enivrer, sinon abrutir tout individu qui en consomme ?

Le débat est évidemment plus subtil que cela et certains pays, comme l’Espagne notamment, l’ont bien compris et mènent des campagnes intelligentes et remarquables allant à l’exact opposé de ce qui se dessine en France qui rame à contre-courant.

En Europe, depuis 2008, le Comité Européen des Entreprises Vins (CEEV), dont le siège est à Bruxelles et qui rassemble les fédérations nationales de producteurs de vins et de spiritueux des pays de l’Union européenne, contribue aux politiques européennes de santé publique et s’est mobilisé, en tant que secteur d’activité, pour répondre au problème de la « consommation inappropriée de boissons alcooliques ».

Mobiliser les acteurs

Dès 2008, son programme « Wine in Moderation » mobilisa, pour la première fois, tous les acteurs pertinents au sein du secteur vitivinicole européen qui élaborèrent un programme complet de promotion d’une consommation de vin responsable et modérée, et la culture qui l’accompagne. Pour José Ramón Fernández, Secrétaire général du CEEV, « c’était avant tout un engagement de la filière pour promouvoir une consommation appropriée et responsable de vin, et une vie saine. Toute la filière européenne était, et est toujours, derrière, en soutien. Depuis 3 ans, le programme est devenu paneuropéen, a même débordé de l’UE, et a pris la forme d’une association internationale sans but lucratif, sous le nom de ‘Wine in Moderation – Art de vivre aisbl’ ».

Sa mission : « promouvoir une consommation de vin responsable et modérée, en tant que norme culturelle et sociale, en préservant la place centrale du vin dans le patrimoine gastronomique et culturel de nos sociétés tout en prévenant et en réduisant la consommation abusive d’alcool et les préjudices connexes, dans le respect de la diversité culturelle et des identités régionales. »

Le tout grâce à la mise en place d’outils de communication pour éduquer et former les consommateurs et les acteurs professionnels et en faire des ambassadeurs dans leur pays et à travers toute la filière.

Aujourd’hui, de nombreuses organisations et associations sont membres de WIM et représentent chaque maillon de la chaîne, pourtant très atomisée, du vin : vignerons, caves coopératives, producteurs privés, grands domaines, etc. En France, on y retrouve notamment « Vin et Société ». En Belgique, la Fédération belge des Vins et Spiritueux, rebaptisée récemment, Vinum & Spiritus, devrait prochainement adhérer à « Wine In Moderation », mais ce n’est pas encore le cas.

Engagement de bonne conduite

Pour remplir ses missions, WIM a mis en place différents outils destinés à diffuser le message et former les acteurs pour que ceux-ci rediffusent ce dernier dans leur propre pays, mais sa toute grande force réside en réalité ailleurs.

Tout d’abord, par la création d’une base de données gérée par le « Wine Information Council », et qui rassemble tout ce qui traite, avec une base scientifique solide, des rapports entre le vin et la santé publique, mais aussi des rapports sociaux. Et, faut-il le relever, cette plateforme multimédias rassemble aussi bien les articles positifs que les négatifs. Une newsletter informe régulièrement des nouvelles entrées dans cette base de données unique en son genre.

Ensuite, WIM a mis en place des outils d’autorégulation : les « wine communication standards » que doivent signer et respecter tous les membres de l’association. Il s’agit d’un engagement de bonne conduite en matière de communication, de publicité et d’Internet, de règles à suivre pour toujours promouvoir positivement le produit. La phrase « Notre savoir-faire se déguste avec sagesse » est l’un de ces engagements.

La présence du logo « Wine in Moderation » témoigne de l’engagement du producteur dans ce sens, il n’est en effet pas rare de le retrouver sur des sites internet.

Edition numérique des abonnés

Revoir la loi Evin

Si la loi Evin suscite beaucoup de remous dans l’Hexagone, ce débat n’est pas uniquement franco-français et WIM entend bien y jouer un rôle.

« En fait, souligne José Ramón Fernández, à la différence de ce qui se passe en France, nous intervenons surtout dans une perspective européenne, nous ne considérons pas que la restriction de l’accès à l’information soit la panacée, mais nous voulons plutôt mettre tous les acteurs en liaison et les consommateurs, jusqu’aux décideurs politiques, pour cibler où se trouvent les problèmes.

Tout dépend des comportements de consommation qui ont divers impacts sur la santé. Nous voulons partager les meilleures manières de consommer et mettre en place des actions qui vont dans ce sens. En France, on aboutit aujourd’hui à une quasi-interdiction de communiquer, c’est de la censure même, alors qu’il y a tout un secteur dont dépendent plus de 600.000 personnes, que c’est le premier exportateur alimentaire et le premier pays consommateur de vin au monde. C’est regrettable car, dans la majorité des cas, consommer du vin ne cause aucun problème.

La voie de la restriction pure et aveugle n’est pas la bonne du point de vue de l’efficacité. Malgré la loi Evin, il y a toujours davantage de jeunes qui font du binge-drinking dans les soirées alors que la consommation de vin diminue. Il n’y a aucun rapport de diminution entre la consommation du produit et le problème de santé publique, ou de mauvaise consommation. Il faut d’urgence revoir cette politique. »

L’exemple espagnol

Enfin, pour clôturer sans conclure, relevons l’excellente campagne menée depuis deux ans en Espagne et cofinancée par l’Union européenne et l’Etat espagnol : « Quien sabe beber, sabe vivir », « Qui sait boire, sait vivre ».

Edition numérique des abonnés

Des personnalités espagnoles prêtent gracieusement leur image pour promouvoir une consommation responsable avec des affiches et des annonces dans les points de vente et sur les réseaux sociaux. Un exemple à suivre, sans modération cette fois.

Marc Vanel