Ottokar et son théâtre jeune public à quatre roues motrices

«
Deux bras, deux jambes et moi
» du Théâtre des 4
Mains. © D.R.
« Deux bras, deux jambes et moi » du Théâtre des 4 Mains. © D.R.

Avec un tel nom, on se doute que le festival Ottokar a le syndrome de la bougeotte. Non seulement, il migre chaque année dans une région différente, non seulement, il investit les quatre coins de la province ainsi mise à l’honneur mais en plus, cette année, il se pique de circuler à bord d’un bus pour amener le théâtre jeune public auprès d’une population pas encore ralliée à sa cause.

Après avoir sillonné les régions de Namur, Ath ou Liège, le festival prend cette année ses quartiers dans le Brabant wallon. Pendant tout le mois de mars, 180 représentations vont se déployer dans les centres culturels ou les écoles, avec des « musts » en matière de création jeune public. On a déjà déversé des litres d’encre pour vous vanter la douce et singulière danse contemporaine de Yosh (L’E.V.N.I.), la marionnette de chiffon tendre et loufoque de Piccoli Sentimenti (Tof Théâtre) ou celles en silicone, ultra-réalistes, de Silence (Night Shop Théâtre), mais aussi le cirque désarmant d’humanité de La Collection Crayoni (Cie Roultabi). Que vous dire de plus sinon qu’il faut foncer les yeux fermés découvrir les perles programmées par Ottokar, foisonnante vitrine des compagnies jeune public belges que le monde entier nous envie.

De courtes saynètes

Si cette sixième édition d’Ottokar est particulièrement pétaradante, c’est qu’elle a confectionné un théâtre mobile dans un camion transformé en… autocar. De l’extérieur, c’est un bus au design explosif, mais à l’intérieur, c’est un mini-théâtre pour une dizaine de spectateurs. Six compagnies de la région – Tof Théâtre, Théâtre des 4 Mains, Royales Marionnettes, Roultabi, Une Compagnie et Les Pieds dans le Vent – se sont alliées pour y créer des petites saynètes qui se déplaceront un peu partout, à la sortie d’une bibliothèque un mercredi après-midi, à un rassemblement scout, sur le parking d’un grand magasin, ou sur le marché du dimanche.

Alain Moreau, du Tof Théâtre, se réjouit de porter cette initiative dynamique : « J’ai envie d’y essayer des choses. J’ai une idée qui me trotte dans la tête depuis longtemps, sur la migration, le voyage, le déménagement. C’est une forme qu’à terme, je voudrais justement jouer dans un semiremorque. Quand je l’ai testée cet été, dans un parc en Italie, les adultes étaient en pleurs. Je n’ai pas envie de faire pleurer les enfants et en même temps, c’est important de leur parler du monde. Peut-être que ça va dérouter. »

Alain Moreau est particulièrement sensible à cette tentative d’amener le théâtre là où il fait défaut, lui dont la compagnie est installée à Genappe depuis 20 ans. « On est dans un désert au niveau des lieux culturels à Genappe, sans doute parce que nous sommes proches de Bruxelles ou de Louvain-la-Neuve et Nivelles, où il y a plus d’offre. Or, je crois au localisme. L’art rassemble les gens, ça permet de créer du lien », souligne celui qui vient justement d’acquérir l’ancien cinéma de Genappe pour le transformer en lieu culturel citoyen.

Le Tof, comme les cinq autres compagnies, prépare donc une saynète d’une dizaine de minutes, pour donner un avant-goût de la singularité d’un théâtre jeune public tout terrain. Un théâtre qui a déjà l’habitude de trimballer ses décors dans les salles des fêtes et écoles du pays, et va un cran plus loin aujourd’hui, en investissant l’espace public, de places en rue, où on ne manquera pas de lui faire la fête.

CATHERINE MAKEREEL

Ottokar VI du 28 février au 1er avril dans tout le Brabant wallon. www.ccbw.be.